Oulimots 2021S44 : une contrainte de folie

Mots contraints : Loi, sauter, ange, parmi, vendre, réunion, mère, bête, folie. 

Les oulimots d’Elisa Stark :

La loi que nous avons instauré pour ce dernier bain ensemble, c’est de sauter comme un ange parmi les autres qui sont déjà dans la piscine. Il faut profiter de cette maison que nous allons vendre. Nous avons fait une réunion avec famille et amis, même ma mère est venue. Ça peut paraître bête car je ne l’avais pas vu depuis des années mais cette visite m’a fait plaisir. Je sais que c’est une folie de tout vendre et de partir faire un rond-trip mais si nous ne le faisons pas maintenant, je suis sûre que nous le regretterons.

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Les oulimots de Carole Bessiere 

Dans le théâtre Novecento, seule la coupole originelle témoignait d’un passé faste. Dans l’amphithéâtre, les décors pourpre et ivoire se devinaient à peine. Les maîtres italiens avaient œuvré 50 ans à élever cet édifice à la gloire de la déesse Chokrana. Tout aujourd’hui n’était que décrépitude. Un autre temple dévoué à la déesse s’élevait désormais à 2 lieus de ce spectacle affligeant. 

Sous la voûte de la salle annexe, persistaient les clameurs des troupes ennemies. Rumeurs des vainqueurs, cris aux sonorités barbares, l’atmosphère fumeuse entraînait une odeur de terre humiliée. Nos victimes par milliers se faisaient encore entendre par un écho ricochant sur les pierres de grès. Du théâtre festif à l’autel du sacrifice, la destinée de ce monument tenait en son fronton : « vincere et renasci. »

J’ouvrais grand les bras, de toute l’amplitude possible. Si j’avais pu stopper ce carnage, être là-bas tout en demeurant ici, ubiquité salvatrice.

Le blog de Carole Bessiere 

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

 » L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.

C’est une dure loi, mais une loi suprême,

Vieille comme le monde et la fatalité,

Qu’il nous faut du malheur recevoir le baptême,

Et qu’à ce triste prix tout doit être acheté. »

Ce texte, extrait de la Nuit d’octobre est d’une telle beauté que je n’ai pu que sauter sur l’occasion pour vous l’offrir, des vers issus d’un ange descendu parmi les hommes non pour vendre sa camelote mais pour offrir des poèmes sublimes. Mais que dire de plus après cela, je ne vais pas organiser une réunion pour vanter les mérites de ce poème, ni écrire à ma mère pour lui suggérer de le lire, ni me lancer dans quelque autre initiative tout aussi bête. Vouloir ajouter un mot à ces vers ne serait que folie.

Les oulimots d’un Joueur Parisien

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Les oulimots de M :

Pour lui montrer que je ne suis pas sa mère, même si parfois en séance je le materne, j’ai décidé de le vendre à la prochaine vente de soumis esclaves. La réunion aura lieu le week-end prochain et, à chaque fois la loi est la même : chacune met sa bête aux enchères. Parmi toutes les soumises et soumis, le mien a l’air d’un ange : je veux lui faire sauter le pas d’être dominé par une autre que moi. Pour lui c’est de la folie mais il accepte car il obéit à mes désirs.

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Les oulimots de Dick :

Pourquoi me suis-je rendu à cette réunion d’anciens élèves ? Parmi tous les présents je suis le seul à ne pas avoir réussi. Enfin, pour eux cela consiste à avoir un salaire à cinq chiffres minimum et une maison avec piscine.

Alors, quand je leur dis que je raconte la folie ordinaire dans des nouvelles éditées par un obscur journal local, j’ai au mieux un sourire apitoyé quand ce n’est pas une grimace de dégoût. 

Ils m’écœurent avec leurs gueules d’anges qui doivent tout à la chirurgie. Ce sont pourtant des bêtes, prêtes à vendre leur âme au diable s’ils peuvent en tirer le moindre profit. Et ils sont tellement au-dessus des lois, j’aimerais tellement les déboulonner de leur piédestal. 

Maintenant que j’y pense, l’ex reine de la promo me regarde en coin. Elle avait un petit faible pour moi à l’époque mais, déjà, les conventions nous séparaient. C’est décidé, je vais aller lui parler, l’arracher à l’assemblée et, une fois que nous serons à l’écart, je la vais la sauter. J’ai envie d’être sauvage, brutal presque, histoire de lui faire appeler sa mère, avant de l’abandonner dépenaillée et souillée. 

Je tiens ma revanche.

Le blog de Dick 

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Les oulimots d’Izia Frank :

À l’entrée en guerre, on ouvrit grand les vannes de la folie. Vendre son âme au diable devint la norme. Un inspecteur, parmi ceux présent à la réunion, fut chargé de ramener le petit ange chez sa mère. À cette époque, la loi imposait un black-out des plus sévère. L’adolescente huma l’air nocturne, contempla la pleine lune, s’installa aux côtés du policier. Aux ordres de la Bête, notre collègue démarra, emportant sa passagère pour un aller simple vers l’enfer. On lui mit la main dessus six jours plus tard. Il fallut se rendre à l’évidence : nous avions dû sauter un chapitre ; eu égard à son intégrité morale.

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Les oulimots de Gérald :

Ma vie est la réunion de deux extrêmes. Je peux être très gentil, aussi doux qu’une bête à bon dieu, un petit ange selon certains, mais aussi être un démon, prêt à vendre son âme au diable, à renier père et mère, et à sauter le pas pour devenir un hors la loi.                                                                          Parmi ces extrêmes, d’après vous, lequel est celui que j’ai envie de vivre à la folie et ou je me sens le plus heureux ? 

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Les oulimots de Marie Bulsa :

Mais comment ai-je pu être aussi bête ? Ma mère m’a toujours dit de respecter la loi et moi je suis entré dans une folie meurtrière. 

J’étais à cette réunion de travail. Parmi toutes les personnes présentes, il y en avait une qui ne disait rien. Elle ne faisait qu’écouter nos arguments de vente. Nous devions vendre ce satané produit dont personne ne voulait.

Et puis, elle a stoppé les bavardages d’un coup de règle sur le bureau. Elle m’a fixé dans les yeux et a dit « tu vires, je ne peux pas tolérer une personne meilleure que moi dans ce groupe ». 

Je ne savais plus où me mettre. Elle m’a humilié devant tout le monde. Plus personne ne parlait et je sentais tous ces regards se poser sur moi. J’ai pris mon porte-documents et je suis parti déçu et enragé ! Et comme je ne suis pas un ange, mais plutôt un démon, je suis allé au marché noir me procurer du plastic. J’ai placé des charges lorsque je suis allé chercher les affaires dans mon bureau et j’ai tout fait sauter. J’étais vengé, soulagé. Mais il y avait un problème. J’étais devenu le principal suspect.

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Les oulimots d’un garçon fragile :

C’est un rituel si bien huilé que Les Tables de la Loi auraient pu prévoir un onzième commandement à ce sujet. Chaque retrouvaille du Groupe d’Entraide Mutuel, qui se tient au sein de la petite paroisse provinciale, débute de la même manière. D’ailleurs, les plus fidèles observent les réactions des novices avec une certaine impatience. Ainsi, depuis des années, chaque réunion démarre sur un silence, demandé d’un geste de la main de la « révérende mère », surnom affectueusement alloué à l’animatrice de la rencontre.

La femme, à qui l’on ne saurait donner un âge, se lève et, sans un mot, pose un doigt sur ses lèvres, quelques secondes durant ; un ange passe. Puis, le rythme de folie conjointement écrite par Iggy Pop et David Bowie emplit soudainement la pièce, provenant d’une enceinte sans fil disposée parmi les convives. Le volume est ensuite progressivement diminué lorsque les paroles de Lust for life débutent, et Yena, puisque c’est son prénom, commence son discours, sa voix douce couvrant le texte de la chanson.

« Je vous souhaite la bienvenue à toutes et tous, en ce lieu qui nous est prêté afin que nous puissions parler, librement, des démons qui nous hantent. Je prie celleux qui prétendent avoir une formule miracle à nous vendre de mettre les voiles immédiatement. Pour les nouvelles têtes, personne ne vous obligera à vous exprimer, la bienveillance est une règle d’or et qu’il n’y a pas de question bête. »

Yena anime ce groupe qui traite d’addictions, d’affirmation ou de compréhension de soi, de stress post-traumatique, bref, de souffrances psychiques depuis tellement longtemps qu’elle place ses silences et sa voix de façon à ce que son sermon se termine au bout des cinq minutes et douze secondes de la chanson. 

C’est alors qu’elle s’assied, se penche pour ramasser un calepin ainsi qu’un stylo, puis, d’une intonation toujours aussi douce, reprend la parole : « Nous avions conclu la semaine dernière sur une méthode qui peut vous aider à gérer la colère, qui veut bien sauter le pas et nous rappeler les grandes lignes de cette méthode ? »

Le blog d’un garçon fragile

Les oulimots de Nicolaï Drassof :

C’est une folie, cette envie de vendre en réunion tout et n’importe quoi. Je ne suis pas un ange parmi les bêtes, ma mère peut en témoigner, mais cette façon de sauter sur le client, sans lui laisser de liberté, est réprouvée par la loi. Je suis des vôtres, si vous respectez les règles d’un commerce honnête. Votre deal ne paie pas assez pour que l’on me compromette.

J’ai une offre pour un séjour en ermite au pôle nord avec un bouquin à la clé. Je suis très tenté. Alors il va falloir une offre bien plus sérieuse que celle que vous me faites si vous voulez me garder parmi vous.

Je ne suis pas un homme facile, voyez-vous. A bon entendeur…

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