Oulimots 2021S39 : le jeu de la contrainte

Mots contraints : Célèbre, tomber, dormir, jeu, temps, déchaîné, jamais, montre, dignité

Les oulimots de P_apanoel :

C’est ça le problème avec les gens célèbres, ils ont toujours l’impression que la chute leur sera épargnée, même s’ils commettent les pires imprudences, il ne pourront pas tomber.

Et là, c’est le cas, ils étaient présents, ces chers modèles, ceux présentés comme tels par la presse et la télé, à longueur de pages colorées ou noircies, de pixels animés sur les écrans et ondes propagées dans l’atmosphère à destination des cerveaux qui pensaient être éveillés par ce flot d’informations incessant, quand ils auraient eu avantage à continuer de dormir.

Mais c’était le jeu, pour tous les Luce et les Lucette du monde, le temps d’analyse et de réflexion était remplacé par un flot déchaîné de nouvelles, et seule la vitesse comptait, la prise de recul était devenue une illusion envolée à tout jamais.

Jusqu’à ce jour, cette cérémonie de lancement d’une ère nouvelle, où les erreurs du passé ne serait jamais renouvelées.

Conscients de la valeur du symbole, tous les grands personnages étaient venus au bout de la terre, sur cet éperon rocheux au bord de l’océan, pour être sur la photo qui resterait dans toutes les mémoires. Ce cliché serait l’icône du changement, de l’harmonie restituée entre les hommes et la nature.

Donc, tout était en place.

Sur l’estrade au bord de la falaise, les personnalités étaient en place, tout sourire.

Le voyant rouge sur les caméras qui leurs faisaient face n’allait pas tarder à s’allumer.

Les équipes techniques surveillaient leur montre, pour la retransmission prévue en Mondovision.

Les cales disposées sous le plancher pour le maintenir horizontal glissèrent, juste au moment ou le rouge apparut sur toutes les caméras.

Dans un grand coup de vent qui mélangea les couleurs des tenues de prix, les feuillets des discours qui devaient être prononcés d’un ton sentencieux, l’estrade s’inclina brusquement vers l’arrière, bascula dans le vide juste après le bord de la falaise et aspira toute cette foule d’importance.

Rétrospectivement, les spectateurs du phénomène retinrent que la page avait été tournée en laissant une image de grande dignité.

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Les oulimots d’Alexa D :

Dormir? Jamais! Il est déchaîné… Le temps n’a aucune emprise sur lui. Son regard me montre un accessoire de jeu, celui devenu célèbre grâce à Christian Grey… Je pensais perdre ma dignité en m’y soumettant mais y goûter une fois c’est tomber de Charybde en Scylla.

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Les oulimots de Ssaara :

Tu as vu cet homme ?

Un jour je serai célèbre disait-il ! 

Une foule déchaînée viendra m’acclamer .

Ils ne compteront ni les heures  ni l’argent pour être à l’ouverture de mes concerts .

Mon jeu de guitare deviendra aussi célèbre que celui de Éric Clapton et ils seront prêts à dormir devant les grilles de la salle pour y entrer en bonne place. 

Je ne pourrai jamais sortir de chez moi sans qu’on me supplie pour un autographe, une photo.

Au lieu de ça, il erre de trottoir en bistrot en faisant la manche, dignité oubliée, sa vieille guitare en bandoulière, et quand il tombe dans un coin, ivre ou défoncé, on le montre du doigt mais pour dire « attention ne t’approche pas, ce type n’est pas net ».

Je n’ai même jamais entendu un son sortir de sa guitare. 

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Les oulimots d’Elisa Stark :

Je suis célèbre c’est un fait. Je n’ai jamais laissé tomber. J’ai passé des nuits à peu dormir pour rentrer dans le jeu. Le temps a fait son œuvre et maintenant je me déchaîne sur scène. Cela n’a pas été toujours facile. Je n’ai pas joué la montre et j’ai traversé le désert de la solitude avec dignité. Et maintenant je vois que je remplis des stades et des zéniths avec mes spectacles comiques.

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Les oulimots de Jeanne Malysa :

Zanimator, l’homme aux histoires à dormir debout, harangue les manants et, déchaîné, les séduit en leur promettant monts et merveilles. Montre en main, il se fait fort de les faire tomber en peu de temps dans son jeu de dupes. Il faut les voir, l’esprit vide, la dignité oubliée, animés par une idée tragiquement célèbre et qui dans le passé, était synonyme de « plus jamais ça »…

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Les oulimots de Nicolaï Drassof :

Ce n’est pas de jeu ! Jamais tu ne t’arrêtes ? Tu es déchaîné. Sans tomber de sommeil, je voudrais bien dormir juste un peu. Tu me montres que tu es célèbre comme acteur porno, mais ça n’a qu’un temps. Garde donc un peu de dignité !

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Les oulimots de Caroline :

Lorsque j’avais rencontré Martin, je n’aurais jamais imaginé qu’il

puisse devenir mon ami. L’orage, ce soir-là, s’était déchaîné sur la lagune. Cette région était célèbre pour ces changements météorologiques rapides. Debout dans l’embrasure de la cabane, je regardais la pluie tomber en rideau épais. La nuit était venue et je m’inquiètais de savoir quand je pourrais reprendre la pirogue et rentrer. Il me conseilla d’aller dormir et fit un jeu de mots que je n’ai jamais oublié: vous avez une montre, mais j’ai tout le temps!” C’est lui qui m’apprendrait aussi ce que dignité humaine voulait dire.

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Les oulimots de Dick :

Elle souhaite que l’on célèbre mon anniversaire avec un nouveau jeu dont elle est sûre qu’il me plaira. Je n’en demande pas moins. Mais attention à ne pas tomber dans la surenchère. Elle était déjà déchaînée l’année dernière, au point de me proposer de récupérer mon cadeau, une montre, en un lieu que ma dignité m’interdit de décrire ici. Le garde-temps était certes de dimensions contenues mais je n’aurais jamais pensé qu’il puisse se cacher à un tel endroit. Et, comme je sais qu’elle n’est pas du genre à dormir sur ses lauriers, je crains le pire. Ou, plutôt, espère le meilleur.

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Les oulimots de Laurence David :

Elle avait fait des pieds et des mains pour participer, enfin, à ce jeu télévisé dans lequel les candidats n’étaient que des pions pour l’équipe de production. Le cadre était idyllique, certes, et elle serait même rémunérée pour devenir célèbre ! Mais à quel prix ? Jusqu’où Camélia accepterait-elle de tomber, d’aliéner sa dignité ? Avec quel partenaire déchaîné devrait-elle encore dormir pour faire le buzz ? Jamais elle n’aurait pensé que cette aventure serait si éprouvante. Rapide coup d’œil à sa montre : finie la récré, il était temps pour elle de rejoindre ses camarades de jeu.

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Les oulimots de M :

Il m’a montré toute sa dignité pendant le temps de nos jeux. Je me suis déchaînée sur lui comme jamais auparavant et il a encaissé sans se plaindre. 

Je le laisse dormir à présent, il l’a bien mérité. Il tombait de fatigue à la fin de la séance. Maintenant je sais que, en secret, il me célèbre.

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Les oulimots de Marie Bulsa :

J’ai été célèbre en me présentant à un jeu télévisé. Je suis devenu une star. J’étais complètement déchainé. Tout est allé si vite. Ma vie a basculé.

Puis je suis rentré dans la décadence, j’enchaînais sorties, alcool, filles, drogue et tout ce qui pouvait me tomber sous ma main.

Et puis, ils m’ont jeté comme une vieille chaussette, je devenais « toxique » « nocif » pour eux, même s’ils se sont bien servis au passage. J’ai tout perdu, ma famille, mes amis, mon argent et ma dignité. Je n’étais jamais tombé si bas.

Aujourd’hui, je dois dormir sous les ponts, quel que soit le temps. La seule chose que j’ai gardée de mon heure de gloire, c’est cette maudite montre de luxe qui me rappelle également mes erreurs du passé.

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Les oulimots d’Izia Frank :

Mona consulta les aiguilles d’une montre  (oubliée là par un amant anonyme), caressa son bras couvert de petits poils dorés. La sud-africaine soupira puis reporta son attention sur le clavier de son smartphone.

Le temps du jeu de la contrainte, ses mots perdaient toute dignité, se dispersaient en piaillant dans le flux déchaîné de la bande passante. 

Avant de tomber en disgrâce, la native du Cap avait été célèbre ; tutoyant le Gotha littéraire international. Il faut dormir Mona, conseilla une voix par dessus ses pensées. Debout sur la véranda, elle contempla le tapis de lumières se propageant à ses pieds : jamais elle ne se lasserait du Cap et de son panorama nocturne.

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Les oulimots de Gabrielle :

Elle avait comme projet de devenir célèbre, ne pas tomber dans l’oubli. à l’heure ou même le soleil était parti dormir, elle ne pensait qu’au jeu. Priant pour que le temps ne soit pas déchaîné comme la dernière fois, ce qui avait provoqué le report actuel. Jamais elle n’avait eu à subir un report auparavant. Sa montre se mit à sonner, elle se leva, se prépara, elle se tenait au milieu de la pièce avec dignité, attendant qu’on vienne la chercher, afin d’aller sur le ring.

Oulimots 2021S38 : esprit de la contrainte

Mots contraints : Rivière, champ, suivre, sentir, esprit, larme, route, imperméable, survivre. 

Les oulimots d’Ada :

La rivière, champ liquide en mouvement, suivait sans le sentir, sans le savoir, la dictée de l’esprit de la nature ; larme vivante,  route fluide, je ne peux pas rester imperméable à son message ruisselant qui dit la volonté de toute chose  de survivre.

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Les oulimots d’Elisa Stark :

Elle avait creusé son lit comme l’eau creuse sa rivière. Il ressemblait à un champ de bataille ce matin. L’homme qui l’avait suivie la nuit dernière, l’avait vraiment fait se sentir femme. Elle avait eu cette idée dans son esprit toute la soirée, elle en avait eu les larmes aux yeux. En rentrant chez elle, ils s’étaient arrêtés au bord de la route pour mieux se dévorer. Malgré cela, ses sentiments étaient imperméables aux mots doux de ce bellâtre. Elle en avait vu d’autres, elle savait qu’il fallait tous leur survivre. 

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Les oulimots de Gérald :

Après avoir savouré mon café, avec une larme de lait comme toujours, je prend la route, direction Saint Jacques de Compostelle pour un voyage à la fois sportif et initiatique.

Le chemin va être long, chaque champ que je vais fouler, chaque rivière que je vais traverser me rapprochera de mon but ultime. Je me dois d’y arriver, de survivre à cette épreuve qui me permettra de me libérer l’esprit, de me sentir plus fort et de me rendre imperméable à toutes les épreuves de la vie. 

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Les oulimots de Nathalie :

Pour que son esprit puisse survivre. Il faut bien verser une larme près du champ où se trouve la rivière pour sentir que la route est imperméable.

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Les oulimots de ArthK :

Evidemment, le plus simple pour survivre à cette épreuve qui, semaine après semaine, n’a de cesse de revenir aurait été de commencer par suivre la route tracée le long de la rivière, à travers forêts et champs – rester impassible, l’esprit imperméable, ne plus sentir le souffle froid, la voix qui dit dans un murmure « n’essayes pas, tu n’y arriveras pas, tu vas t’épuiser, tes mots vont s’évanouir, tu verras, les premiers c’est facile mais c’est après que ça se complique, le désert, plus rien, tu as mangé ton pain blanc, tu cherches l’issue, tu te perds dans le dédale de tes phrases, leur sens s’effiloche, tu pensais, petit niaiseux t’en sortir mais à la fin, seules te resteront, tes larmes. « 

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Les oulimots de M :

Il m’avait suivi dans ce trek à travers les rivières et les champs. J’avais décidé de le mettre à l’épreuve afin de voir s’il ferait un bon soumis. Le but de cette randonnée était de survivre dans un milieu un peu plus hostile que dans nos vies de tous les jours. Tout au long de cette route initiatique, il devait suivre sans rien dire, sentir le poids de ma domination et fermer son esprit à toute contestation. Je restais imperméable à ses larmes. Il ne faisait aucun bruit mais je savais que chaque pas devenait une torture. Il portait tout notre paquetage en plus des marques que je lui avait infligées la veille.

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Les oulimots de Ssaara :

Guerrière de l’invisible.

Putain de maladie : encore une fois elle sortait ébranlée de son bilan. 

Tapie dans son silence, sur sa petite chaise inconfortable, au milieu de toutes les autres comme Elle sur la route du combat, ses pensées allaient leur cours tantôt sombres, tantôt douces et pleines de force de vie. 

La rivière de ses idées suivait les méandres d’une route interne dont Elle ne maîtrisait pas la destination. Parfois elles se posaient dans un vert champ d’espoir calme, parfois elle sentait son esprit ouvrir des portes sur le vide, appelant à ses yeux des larmes incontrôlables de peur et de colère. 

Et pendant ce temps là, la bestiole tapie en elle, imperméable à ses émotions -ou peut être s’en nourrissant-  poursuivait son dessein : vivre et croître en Elle alors qu’elle ne cherchait qu’une chose depuis toutes ces années : Survivre envers et contre tout.

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Les oulimots de Gabrielle :

Flottant sur la rivière, le temps lui semblait arrêté, dans le champ d’à côté, les blés attendaient leur récolte. Le soleil, lui, observant ceci de son perchoir, continuait de suivre sa course.

Pourtant, on pouvait sentir dans l’atmosphère un quelque chose de pas normal. Celle-ci perdant petit à petit de son innocence. L’astre du jour était maintenant bien plus loin, laissant sa place à une mer de coton, assombrissant toujours un peu plus l’esprit du lieu.

Une goutte après l’autre, le sol perdit de sa sécheresse alors que le ciel laissait tomber ses larmes. Les rares rayons de soleil qui transperçaient encore les nuages illuminant d’un assortiment de couleurs la route qui passait par là.

Mais lui, de la beauté tragique du lieu, n’en avait cure, l’averse étant rien d’autre qu’un événement ruisselant le long de sa peau imperméable. La grenouille continua son chemin, perchée sur son bout de bois, mouvant au gré du courant.  

Inconsciente de la tristesse de la nature envers l’improbabilité de la voir survivre en son sein.

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Les oulimots de Dick :

Il croit que m’offrir une rivière de diamants va lui ouvrir le champ des possibles et plus particulièrement mes cuisses ? Non mais il rêve ! Il a commencé à me suivre sur les réseaux sociaux il y a à peine deux heures et il s’imagine déjà qu’il peut m’acheter. Je crois qu’il ne connaît pas l’esprit de la maison et il va passer du rire aux larmes quand je vais publier les captures d’écran de ses DM. Avec sa prétention, il vient de mettre en route la machine qui va le broyer et, quoi qu’il arrive, je resterai imperméable à ses suppliques.

Je me frotte déjà les mains. Son ego ne devrait pas y survivre.

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Les oulimots de Nicolaï Drassof :

Par les champs et les rivières, pour survivre, il faut suivre sa route, sans larmes, l’esprit imperméable au bonheur, et se sentir exister quand-même.

Pensée à toutes et tous. 

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Les oulimots d’Annie L :

Il était une fois Igor, un petit paysan des plaines sibériennes, qui pleurait sa défunte mère. 

Un soir, alors qu’il lisait l’atlas de géographie pour planifier son départ de la maison maternelle où il ne pouvait vivre seul, l’une de ses larmes tomba sur la page du livre qui, curieusement, se révéla imperméable. La goutte se mit à rouler, à suivre très précisément le tracé d’une rivière, traversa un champ, puis deux, puis trois… pour se figer juste devant une falaise. C’est alors qu’Igor sentit son esprit habité par une voix toute douce :

« Demain, suis cette route. Au bout, tu trouveras un trésor qui te permettra de survivre sans ta Maman ! »

Igor suivit les conseils de sa bonne fée. Plus tard, il devint fermier, se maria et eut beaucoup d’enfants.

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Les oulimots de Caroline :

En longeant la rivière qui serpentait entre les champs, elle pouvait sentir l’odeur de l’herbe coupée. Une larme roula sur sa joue en pensant à tous ceux qu’elle abandonnait derrière elle. Mais son esprit restait imperméable à ses émotions. Il lui fallait suivre cette route, pour survivre.

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Les oulimots de Marie Bulsa :

J’ai traversé la route puis le champ de blé pour enfin les semer. Je vais suivre la rivière en amont. Je n’ai pas versé une larme pour lui. Il ne me faisait que du mal, mais voilà, cette fois était de trop. Alors j’ai pris l’épée qui était accrochée au mur du séjour et je l’ai taillé en pièces. Il avait ce regard détestable que je fuyais avant de voir la lame lui trancher la gorge. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. J’ai passé mon imperméable et je suis partie. Maintenant, la police me recherche. Mon esprit est enfin en paix. Il n’est plus là pour me harceler. Je vais tenter de survivre en pleine montagne. Je veux me sentir libre et peut-être recommencer ma vie ailleurs dans un autre pays, s’ils ne me retrouvent pas.

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Les oulimots d’Izia Frank :

1876, États-Unis d’Amérique

D’une poigne féroce, Ada réfréna le galop de son écumante monture. Mustang et cavalière longèrent la rive au pas, contournèrent un champ de cactus avant de se fondre derrière un rocher. La plaine tempérait l’ardeur du cours d’eau dont le flot tumultueux se calmait à cet endroit. Ada tapota l’encolure fumante de l’étalon, sauta de cheval. Elle sonda la surface de la rivière à l’aide de puissantes jumelles — cadeau d’adieu d’un officier de la Kriegsmarine.

Insouciant, le baigneur évoluait en crawl, battant l’eau fraîche de ses bras musculeux. Ada n’eut pas le temps de jurer avant de sentir une lame se glisser sous sa gorge.

L’agile nageur regagna la rive, jaillissant de l’eau en tenue d’Adam. Le Navajo s’approcha à pas lents — chevelure poivre et sel collée à ses reins. Ada plissa les yeux afin de le suivre du regard dans le soleil couchant. L’épiderme de cet homme originel, constellé de cicatrices, ruisselait de larmes. Sans un mot, il prit place à ses côtés sur le rocher plat. La sensuelle bouche de l’allemande s’étira telle une énigme en forme de sourire. Ou l’inverse.

Ada se fendit d’un « Salut Chef ! » amical. L’amérindienne qui la retenait captive grommela, dépitée par l’ironie crasse de l’allemande. Le Navajo s’allongea, savourant les yeux clos la caresse tiède du roc contre sa peau. À grand-peine, le guerrier rassembla ses pensées, devisant sur les circonvolutions de l’Esprit de l’aigle ; sur l’irruption inopinée dans son espace vital de cette « tunique grise. »

Ada méditait elle aussi. Allait-elle survivre à ce voyage initiatique ? Suivre cette route temporelle à rebrousse-poil venait de la conduire à « Cheval-cendré. » 

Loin d’être imperméable à la Connaissance, le guerrier Navajo examina l’aigle aux ailes déployées ornant le plastron de la veste d’uniforme. L’écusson ovale cousu sur la manche de l’étrangère l’intriguait : symbole doré sur fond noir évoquant une lance brisée — ou peut-être était-ce une flèche.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Une rivière à travers champ à suivre, sentir l’odeur du foin coupé, l’esprit apaisé, une larme de nostalgie au coin de l’œil, la route au loin déjà s’aperçoit, l’on se demande pourquoi l’on s’est encombré d’un imperméable et l’on se dit que de tels dimanches aident à survivre.

Oulimots 2021S37 : une contrainte sauvage

Image lloper / Flickr

Mots contraints : Encore, monteur, prudence, jaloux, ensemble, mentir, sauvage, nuit, aimer. 

Les oulimots d’Alexa D :

Encore une nuit sauvage 

Ensemble épancher un rouage

Esseulé explorant l’effeuillage

En aimer l’oubli de prudence

Monteur de fluide, halte d’abreuvage

Mentir sur l’aiguillage

Mourir sur ton corsage

Mécène des jaloux, que brille leur absence. 

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Les oulimots de ArthK :

– Encore ?

– Oui, allez, on reprend. On va la faire courte, promis. Pierrot (Pierrot, c’est le monteur, celui qui monte (aussi), mais l’autre) veut avoir assez de chutes pour faire les plans de coupe, alors par prudence on s’y remet. Et pour pas faire de jaloux, Tonio et Kevin, vous y allez ensemble

On va pas se mentir, c’est sauvage, c’est puissant, même si ce n’est que du cinéma…. J’espère que les spectateurs vont autant que moi aimer !

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Les oulimots d’Elisa Stark :

« Encore ! » dit-elle, à celui qui était surnommé le Monteur de ses dames. Il jouait de prudence car il était l’amant des femmes de ses amis jaloux. Ensemble, ils mentaient mais c’était pour mieux protéger les moments sauvages qu’ils partageaient. Ils en passaient des nuits à s’aimer et à cocufier les maris.

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Les oulimots de Caroline :

Encore une fois, le chef-monteur avait fait preuve de prudence car il savait son amie d’un naturel jaloux. Travailler ensemble sur ce film lui avait appris à mentir au sujet de son naturel sauvage et de ses autres relations. Mais après cette nuit, il comprit qu’ils ne pourraient jamais s’aimer véritablement.

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Les oulimots de Dick :

Je ne suis pas jaloux, bien au contraire . Elle n’a donc pas besoin de montrer la moindre prudence pour choisir ses amants ni même de mentir sur les moment où elle les reçoit puisque nous les choisissons ensemble. 

Elle en reçoit d’ailleurs un nouveau cette nuit. Une bête sauvage qui ne demande qu’à être apprivoisée à en croire son profil sur l’application. Je n’ai aucun doute quant au fait qu’elle y parvienne. Ce brave garçon ne sait pas encore à qui il va avoir affaire.

Je crois que je vais aimer filmer cette rencontre. Et encore plus jouer les monteurs avec elle quand il s’agira de sélectionner les meilleurs passages pour les diffuser sur notre site. 

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Les oulimots de Gabrielle :

Un beau jour de Décembre, à l’extérieur de l’usine, des vrombissements se firent entendre.

D’un coup, le silence s’abattit, bien qu’on distinguât encore les sons lointains. Les alarmes ne tardèrent pas à leur répondre, eux qui avaient figé l’assemblée. Heureusement, il ne s’agissait là que d’une fausse alerte. Ils pouvaient retourner à leurs activités au long de la chaîne d’assemblage, qu’ils soient simple monteur, cadre, ou surveillant.

Les alertes se faisaient de plus en plus fréquentes, et il ne fallait pas être un génie pour comprendre que, un jour, la fausse alerte, n’en serait pas une. Ce climat stressant rendait le travail de l’usine d’autant plus compliqué que l’urgence du travail fini primait sur la prudence du travail bien fait.

Il avait, par bien des occasion, été jaloux de ses camarades aptes au combat. Quelques mois avaient suffi pour contredire cela. Si les journées étaient stressantes ici, il ne voulait pas, plus même, connaître l’ambiance de ces journées sus-citée au front. 

Bien sûr, le calme qu’il affichait face à cet état de faits n’était pas pour lui faciliter la vie auprès de ses pairs. Ceux-ci ne ratant aucune occasion pour lui conter, leurs exploits ou les morts héroïques de ceux qui ne revenaient pas, insinuant que s’ils étaient partis ensemble, lui aussi aurait pu jouir de tels récits et du succès qu’ils confèéraient auprès de la gent féminine. 

Il eût été mentir pourtant que de dire qu’elle ne s’intéressait pas à lui. Mais lui ne s’y intéressait pas, il avait trop honte pour y prêter attention, honte d’être réformé, honte d’être tout juste bon à serrer des boulons, quand d’autres risquaient leur vie pour la patrie. 

Une nouvelle journée finie, il entreprit de rentrer. Sur le chemin de son appartement, des chats sauvages pourchassaient les rats, ces profiteurs de la misère humaine, qui pullulaient sous les ruines de bâtiments ici et là. Il se prépara, pour la énième fois depuis des mois, à passer une mauvaise nuit puisque le ciel de sa ville ne manquerait pas de s’illuminer à l’affût de tout signe ennemi, et lui d’attendre le petit matin, angoisser, à l’idée de ne voir le soleil se lever sur sa ville aimer, ni de voir les jours s’approcher de temps de paix, qu’il soit pour la nouvelle année 1943 ou plus tard.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Encore une fois sans idée

Ma muse ne m’a pas guidé

Et avec prudence je tente,

Au creux de la nuit déroutante,

D’ensemble, là, amalgamer

Neuf mots pour vous faire aimer

Ce poème triste et sauvage

Indigne du moindre archivage.

Sans mentir j’ai un assistant,

J’ai volé ces vers de Rostand:

« Ce sont les cadets de Gascogne

De Carbon de Castel-Jaloux !

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Les oulimots d’Annie L :

Attablés à la terrasse d’un café parisien, Théo prend les mains de Léa entre les siennes.

– Encore merciiii d’être venue. Je suis si heureux qu’on puisse passer cette soirée, tous les deux, ensemble ! 

– Normal ! Tu sais… Luc est vraiment un mari a-do-ra-rable. Ce n’est ni un sauvage, ni un jaloux. Sans mentir, il est juste un peu trop tranquille, mais bon… (Rires)

Théo reprend son souffle et libère son cœur, d’une seule traite :

– … Ce soir, Léa, je suis venu te dire, sans retenue, ni prudence que, depuis les bancs de l’école, je n’ai JAMAIS cessé de t’aimer et…

Avec fougue, il la serre contre lui. Léa jubile intérieurement. Elle plonge son regard dans le sien. Elle sent s’ouvrir une porte, tout au fond d’elle, celle du vrai bonheur. Quand il approche ses lèvres gourmandes, elle voit déjà le ciel bleu derrière cette porte. Moment d’extase partagée, lovés l’un contre l’autre.

– Moi aussi, je t’aime, je t’ai toujours aimé ! Tu es un sacré monteur de coups ! On fait quoi maintenant ? lui susurre-t-elle à l’oreille, d’une voix douce et coquine.

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Les oulimots de Laurence David :

Au diable la prudence ! Il me faut encore aimer ce joli monteur, à l’allure si sauvage et au sourire si doux que j’en oublie son côté jaloux. On le dit ombrageux, habitué à mentir à ses conquêtes pour protéger sa réputation. Qu’importe, une nouvelle nuit ensemble, c’est tout ce que je demande !

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Les oulimots d’Izia Frank :

Du fait de son jeune âge (il n’est encore qu’un gamin lorsqu’on le confie à Sieglinde), Bodo, surnommé « la matraque » , échappa à un enrôlement forcé au sein d’un escadron de la mort. Violeur multi-récidiviste, il ne devint pas, à l’instar de ses camarades, un criminel de guerre sur le front de l’est. 

Cédant à une subite lubie, Sieglinde se mit en tête de parfaire l’éducation défaillante de Bodo en lui dispensant des cours de grammaire et d’orthographe très particuliers.

Devenus inséparables, on apercevait le duo partout ensemble ; le jeune rouquin filant le train de sa bienfaitrice tel un chiot. 

Sieglinde n’eut pas besoin de mentir aux jaloux qui se gardèrent bien de l’interroger sur la présence de cet enfant sauvage à ses côtés. 

Veuve, la vénéneuse Bertha Bock s’enticha à son tour de Bodo ; en oubliant toute prudence. Se sachant condamnée à aimer sans retour, elle fracassa cette nuit-là les derniers vestiges de son honneur.

Épistolière émérite, Bertha coucha sur le papier les ineffables talents de monteur de la « matraque ». D’une écriture appliquée, elle fit part de ses émois, de son désarroi aussi, quand d’une voix tendre, l’orphelin l’appelait « Maman ».

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Les oulimots de Gérald :

Comment ne pas l’aimer ? Elle est si belle, si sauvage. L’aimer encore et encore, l’aimer à ne plus dormir la nuit, l’aimer à vouloir vivre ensemble,l’aimer à être jaloux de ses amis, l’aimer à se faire des films et comme le monteur, mettre chaque scène bout à bout, et rêver de scénarios tous plus beaux les uns que les autres.

Jamais, je ne pourrais lui mentir, la trahir, la décevoir et même s’il faut toujours garder une certaine prudence, les peines de cœur ne se referment jamais, je suis prêt à m’abandonner à elle et lui être totalement soumis.

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Les oulimots à quatre mains de Jeanne Malysa et Marie Bulsa :

À la vie, à la mort

Je suis assis sur le fauteuil du salon avec un autre verre de scotch à la main. Je regarde son corps somptueux. Vous voulez que je vous raconte ?

Je suis monteur de vidéos pour le cinéma. Ils ont tourné une scène dans la rue. Je travaille dessus depuis un moment. Mon regard a fixé une image. J’ai passé le film, encore et encore devant mes yeux. C’était bien elle, ma femme. Juste devant son travail. Elle s’est affichée sans prudence dans une terrasse de café avec un autre homme. Ils s’embrassaient. Je suis dégoûté rien que d’imaginer ses mains la touchant ! Ses lèvres contre les siennes, si fines, si douces. Leurs langues entremêlées ! Je les hais ! 

Je l’ai attendue dans le salon, un verre de scotch à la main. Elle n’a pas tardé pour rentrer. Cinq minutes. Splendide, dans sa robe noire ajustée à son corps, souriante, comme si de rien n’était. Et pourtant, elle n’a pas cessé de me mentir.

Elle ne me croit pas jaloux, mais elle a tort.

 — Bonsoir chérie, tu as passé une bonne journée ?

 — Oh, la routine. Rien de spécial, dit-elle en m’embrassant mollement. 

Je sens l’odeur de l’autre et cela me met dans une rage folle. Je me lève brusquement et la plaque contre le mur. Surprise, elle ne proteste cependant pas ; les yeux brillants, elle est attentive.

 — Au boulot, j’ai regardé des vidéos qui m’ont excité comme jamais. J’ai envie de t’aimer comme un sauvage des cavernes. Je veux te faire hurler de plaisir, jusqu’à la petite mort. Toute la nuit. Tu veux bien ?

 — J’ai hâte de voir comment tu vas t’y prendre, me répond-elle, narquoise.

 — Tu ne vas pas être déçue, je te le promets. 

Je soulève ses poignets au-dessus de sa tête et les emprisonne d’une main tandis que l’autre se faufile sous le pull et caresse un sein. Sa poitrine est très sensible et je l’ai déjà fait jouir comme ça. Je pille sa bouche, elle ondule sous ma cuisse qui pousse sur son entrejambe. Elle halète, je mordille la peau fine de son cou, elle se cambre. Je bande. Malgré sa trahison, elle me fait encore envie. Ensemble, nous tombons sur le sol. J’arrache sa petite culotte et mes doigts savent où aller pour l’amener au bord de l’orgasme. Que je ne lui accorde pas. Elle me supplie, je suis intraitable. Elle veut se soulager, je l’en empêche. Je la regarde. Elle est rouge, en sueur, les lèvres gonflées à force de les mordiller. Je poursuis le jeu jusqu’à la rendre de plus en plus enragée, au point qu’elle finit par chercher l’air. Elle panique, suffoque. Je pèse de tout mon poids sur elle, ne bouge plus et lui souris. Les yeux écarquillés, elle me dévisage avec horreur, comprenant enfin. 

— Oui, mon amour. Jusqu’à la mort…

Oulimots 2021S36 : les sirènes de la contrainte

Image SaraS / Flickr

Mots contraints : Sirène, maigre, tendrement, mur, pluie, chinois, bord, rester, ainsi. 

Les oulimots de Jeanne Malysa :

Conte d’eau 

Alanguie sur un rocher, bien à l’abri contre un rempart, une sirène goûtait aux derniers rayons de soleil que lui offrait tendrement la fin du jour. Elle aurait pu rester ainsi encore des heures or l’eau l’appelait déjà. Alors qu’elle s’apprêtait à plonger, un chat siamois, aux yeux bridés comme un Chinois et maigre comme un clou, sauta depuis le mur et l’approcha. 

— Dis-moi, belle amphibie, comment est le fond de la mer ? lui demanda-t-il. 

— C’est un secret que je n’ai pas le droit de révéler.

— Et pourquoi cela ? miaula le félin.

— Parce que.

— Ce n’est pas une réponse !

— Et pourtant, c’est la mienne, il faudra t’en contenter, adieu la Bête.

Refusant de s’avouer vaincu, le chat décida de tenter le tout pour le tout et bondit sur la queue de la Belle, les griffes bien plantées entre les écailles multicolores. Ils glissèrent quelques instants sur les vagues et disparurent sous les flots.

Un homme, qui avait assisté à la scène, grimpa à bord d’une large planche et se mit à ramer de ses bras pour les suivre, mais un énorme rouleau le ramena sur la plage. Il recommença, sans cesse, avec le même insuccès. 

On dit qu’il joua longtemps avec la force vive de la mer, malgré la pluie diluvienne, malgré le vent, malgré l’hiver. 

On dit aussi que ses efforts furent récompensés et qu’il rencontra enfin la sirène et le siamois, un matin de grand bleu. 

Personne ne sut ce qu’il advint d’eux, mais on dit que des éclats multicolores apparaissent parfois à travers les vagues et jouent à chat perché avec elles.

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Les oulimots d’Elisa Stark :

Tendrement, le maigre chinois serrait sa sirène contre le mur, ils restaient ainsi au bord du trottoir pour éviter la pluie.

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Les oulimots de Ssaara :

Je me souviens du temps où tu m’appelais ma sirène, où tu m’embrassais tendrement à chaque fois que tu me croisais dans la maison.

Je me souviens de nos soirées magiques où, malgré nos maigres moyens, nous riions en longeant les murs malgré la pluie ou le vent en nous rendant au petit bouiboui chinois du bout de la rue et que nous nous aimions des nuits entières .

Je me souviens que nous nous promettions que tout ça allait rester ainsi pour l’éternité. 

Et maintenant je crois bien que nous sommes au bord du bout de notre rêve.

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Les oulimots de Gabrielle :


Le soleil s’était couché depuis bien des heures, les habitants aussi, dans la rue, seuls restaient les individus louches et les policiers leur faisant la chasse. À l’extérieur des appartements du Bloc, les sirènes de police ne manquaient pas à l’appel.
Elle se réveilla, la tête encore enfumée de la veille, le ballet des couleurs de la ville illuminant son visage. L’horloge dans le coin de la pièce indiquant que la nuit, bien que jeune, était bien installée. Ne perdant pas plus de temps, elle se leva, mais, devant la faim que lui communiquait son ventre, fit un détour pour inspecter les maigres provisions présentes ici.


Depuis le temps, elle devrait savoir que se retrouver en pleine nuit dans un appartement du Bloc n’était pas la meilleure idée. Quelque fût sa raison, elle s’en maudissait déjà. Seules des bribes subsistaient de celle-ci, un bar ; des verres d’alcool ; des gens qui l’acostent ; des sensations… Malgré le chaos crânien, cependant, la mémoire d’enlacement tendrement échanger, elle, était bien claire.


Fouillant ici et là, elle sortit des affaire, sans savoir leur appartenance, une cigarette. La question se posait maintenant de sa prochaine étape. Observant l’appartement, celui-ci ne différait pas de ses clones peuplant le Bloc, divers poster et cadres, cassant la monotonie des murs en métal.


Elle n’avait que trop passé de temps ici, malgré le danger de se retrouver dans la rue dans le secteur du Bloc en pleine nuit, rester dans l’appartement lui semblait plus dangereux encore. À peine eut-elle fait vingt mètres à l’extérieur, la pluie s’abattit sur la ville.


Les enseignes des restaurants Chinois au coin de la rue éclairant sa route, l’averse la lavant, elle et ses idées noires, elle continua son chemin. Ne s’abritant que des rares passants et de la police. Après un long moment, devant elle s’étendait la baie.


Descendant au bord de l’eau, un bateau lui apparut, comme attendant qu’elle en prenne possession. La pluie, redoublant d’effort, semblant remplacer la tempête qui jusque-là s’agitait dans sa tête. Montant à l’intérieur, elle se permit enfin d’enlever les vêtements qui lui collaient à la peau.


Finissant la cigarette qui ne l’avait pas quitté depuis son départ du Bloc, elle se mit à la barre, et entreprit de disparaître sur les eaux du fleuve bordant la ville. Laissant derrière elle, la ville et ses péchés.


Le ciel veillait sur elle, nettoyant toute trace qui aurait pu rester de son trajet du Bloc au rivage du fleuve. Ainsi son passage dans la ville ne serait connu que d’elle, jusqu’au moment ou, au sein du Bloc, l’appartement serait rouvert, et le cadavre qu’il renferme découvert.

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Les oulimots d’Huey Kuang Daemon :

Après une avarie majeure à cause d’un mur de glace, mes marins chinois sont partis dans les canots de sauvetage avec les provisions.

Ainsi, seul à bord, sans provision je suis tout maigre.

Au bout de douze jours, je vois une sirène sous la pluie, qui me regarde tendrement. Je l’invite.

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Les oulimots de Marie Bulsa :

Je suis prisonnier des Chinois à bord d’une gigantesque jonque. Ils m’ont attaché au mur de séparation entre la cargaison et le logement de quelques marins. Je suis au pain sec et à l’eau et je suis de plus en plus maigre. Je suis épuisé et la faim me nargue. Je ne peux plus continuer ainsi. J’ai envie de mourir, car ma souffrance est terrible. Ils vont certainement me tuer, mais quand ?

Une tempête fait rage. Le bateau tangue et roule. La pluie tombe si fortement que l’eau s’introduit dans la cale. Elle est si froide qu’elle me glace les pieds.

L’équipage hurle et se met à courir dans tous les sens. J’entends leurs pas et leurs cris. Je ne sais pas ce qui se passe. Je suis à bout, mais j’arrive à distinguer un corps nu de femme. Elle descend doucement les marches et s’approche de moi. Je la vois clairement maintenant. C’est une sirène. Je distingue encore quelques écailles argentées sur sa hanche. Elle est magnifique. Elle me regarde fixement et caresse tendrement mon visage. Ses mains passent sur mes côtes endolories ce qui m’arrache un petit gémissement. Puis elle détache les fers de mes poignées un à un et je m’écroule. Je m’accroche à ses jambes pour essayer de me relever sans y parvenir. Elle ne parle pas, mais je comprends ce qu’elle me dit. Elle est venue me sauver et me demande de rester avec elle. Je préfère me noyer pour elle plutôt que de périr par le sabre de mes tortionnaires. Le bateau coule et l’eau monte dans la cale jusqu’à m’engloutir. Elle s’introduit dans mes narines et je n’arrive plus à respirer. Je suffoque et je me réveille en sueur sur les draps blancs de mon lit. Quel cauchemar !

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Les oulimots de Dick :

Je n’avais pas succombé aux sirènes de la bouffe bien pensante qui veut que tout soit maigre. Ma recette serait donc riche. 

Je commençai ainsi à malaxer tendrement les boulettes de viande après avoir jeté un spaghetti au mur afin d’en vérifier la cuisson. C’était parfait et je jetai une pluie de parmesan sur les pâtes avant de passer ma sauce au chinois. Une branche de romarin sur le bord de l’assiette pour parfaire la décoration et il était temps de servir. Je restai en face d’elle pour la regarder déguster ma spécialité. Je pus ainsi voir toutes les nuances de son plaisir passer sur son visage avant un épisode bien plus charnel

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Les oulimots d’Annie L :

« Dis, Maman, c’est qui sur la photo accrochée au mur au-dessus de ton bureau ? »

« Je te l’ai déjà mille fois expliqué… Lili, il faut dormir, maintenant ! Tu as école demain ! »

« Raconte, Maman, s’il te plaît ! Après promis, je dors ! »

« Bon… Alors, tu vois, c’est un selfie de nous deux, enfin…  je veux dire de Papa et moi. Il y a dix ans, on était partis visiter Copenhague, pour le week end. On est restés là, assis au bord du port, sous la pluie. Tu la vois, là. Puis, comme on était trempés, on a cherché à s’abriter. Un petit resto chinois était ouvert. On y a déjeuné. C’était délicieux ! Au dessert, Papa m’a demandé de l’épouser. Neuf mois plus tard, tu es arrivée … tu es notre petite sirène ! »

« Sur la photo, il était drôlement maigre, Papa ! »

« Hihihi ! On était jeunes ! »

« Moi aussi, quand je serai grande, j’irai là-bas avec mon amoureux ! Ainsi, j’aurai un bébé ! »

« Hihihi ! Bien, il te faut dormir ! Fais de beaux rêves, mon ange ! »

Je sortis de la chambre de Lili après l’avoir tendrement embrassée.

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Les oulimots d’Alexa D :

J’avais envie de rester là, dans son immense chambre, seule. Les gouttes de pluie se fracassaient sur les vitres, c’est sûr, ça ne me donnait guerre envie de sortir. Je découvrais donc son univers à la lumière du jour, avec ce temps gris j’allumai la petite lampe à côté du lit. Les draps témoignaient de notre nuit effervescente. Mon regard fut attiré par un objet, il était posé là, sur le bord de sa table de chevet, prêt à tomber. Je tournais ici et là tout en le scrutant. C’est ainsi qu’en quelques secondes j’étais penchée sur cet objet tant convoité. L’avait-il posé expressément de cette façon ? Comme si je me dédoublais pour m’observer au ralenti, je voyais mes mains s’approcher pour le saisir. Sa couverture en cuir était douce, fine, souple. Un simple objet définissait cet homme : élégant, discret et distingué à la fois. Je caressai tendrement l’objet des deux mains, j’en avais même oublié l’appel de ma curiosité : il était toujours fermé. L’exaltation que me procurait cette matière m’enivrait au point que je le fis tomber. L’agenda était maintenant à mes pieds, ouvert sur la semaine 41. J’aurais pu le ramasser, le fermer, et le poser exactement où je l’avais trouvé. Pourtant, les minutes s’écoulaient sur une chambre figée telle une scène de crime. Je voyais son écriture mais sans mes lunettes je ne pouvais distinguer les mots ; des chiffres étaient entourés, sûrement pour les heures des rendez-vous. M’avait-il mentionné dans son planning ? Je n’avais même pas fini de songer à cette maigre éventualité que j’étais déjà accroupie pour tenter d’y répondre. Une longue phrase était écrite de sa main : « L’interview ne sera jamais qu’une restitution trompeuse, en même temps qu’un hybride, à dire vrai ni chair ni poisson et non bipartite à la façon d’une sirène ». Fixer le mur ne m’aidait pas à créer un contexte, cette phrase était posée là entre « 13h resto chinois » et « 17h pressing ». Et puis je me remémorai une conversation de la veille, les quelques coupes de champagne l’avaient arraché à ses mystérieux silences : il avait évoqué un travail de recherches pour écrire sur un nouveau roman. 

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Les oulimots de Gérald :

Ma sirène.

Après un maigre repas et avoir tendrement caressé mon chien, et malgré la pluie, je me devais de faire un footing si je voulais être prêt pour le marathon. J’étais un peu au pied du mur,  et bien m’en a pris.

Elle était là, se baignant dans la rivière. Elle nageait comme une vraie sirène. Je serais resté des heures au bord pour la regarder mais je devais rejoindre mon meilleur ami pour fêter le nouvel an chinois. Ainsi va la vie.

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Les oulimots d’Izia Frank :

Tandis qu’au loin la plainte d’une sirène anti-aérienne déchire la nuit, Sieglinde est plaquée sans ménagement contre le mur. Son corps amaigri heurte les fleurs muettes du papier peint. 

Au même moment, une Opel Olympia s’immobilise dans la ruelle mal éclairée. Sans empressement, quatre hommes empoignent leur chapeau à large bord, se le visse sur la tête pour contrer la pluie battante. 

Les pisteurs de mettent pied à terre et disparaissent sous le porche.

Dans l’appartement, Kiki Ketzler s’empare du Katana, tire avec précaution la lame de son fourreau patiné de laque noire. L’archéologue, experte en sémiotique, déchiffre sans peine les Kanjis gravés sur le métal. Les signes, basés sur d’antiques caractères chinois, sont sans équivoque. Ketzler rengaine tendrement l’arme, regagne le salon.

C’est ainsi que Sieglinde se retrouva coincée entre deux sbires de la Police secrète sur la banquette arrière d’une Opel Olympia. Votre priorité est de rester en vie, déclara l’officier en posant sa main sur la cuisse nue de la blonde peroxydée. Filant dans Berlin, le conducteur prit la direction de la chancellerie du Reich..

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Les oulimots de Caroline :

A cause de la pluie, le vieux chinois maigre se sentait mis au pied du mur. Ainsi, il décida de rester à bord, pour pouvoir contempler tendrement et à loisir la petite sirène de Copenhague. 

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Les oulimots de Nicolaï Drassof :

Blouba

Blouba porte de très longs cheveux ondoyants comme des algues

Blouba se sait belle. Elle se mire dans les grosses bulles, au plafond des cavernes sous marines, celles qui sont près de ce qui scintille, côté lumière. Blouba y a vérifié son buste, ses seins, sa taille, ses écailles et le galbe de sa queue.

Blouba est une sirène, même si vous ne le croyez pas. Elle ne monte pas souvent de ses profondeurs obscures, et pourtant, elle aime la lumière. Mais depuis un moment, elle se fait un devoir de donner son temps pour délivrer les poissons, les cétacés ou les tortues piégées par un filet ou ces horreurs semblables à de vilaines méduses qui les ligotent à mort.

 Comme un appel de détresse émanait d’un trou profond assez large pour qu’elle s’y glisse, elle y pénétra toute entière, avant de s’apercevoir que l’alarme provenait de là-haut, de chez les humains.  Suivit une déflagration qui la noya sous une pluie de détritus, de sons et ultrasons qu’elle ressentait comme autant de coups reçus sur son corps tendre. L’eau était devenue opaque et fangeuse et Blouba, voulant fuir, se heurta à l’éboulis rocheux, un mur obstruant sa retraite.

 Prisonnière !

 Personne ne s’était aperçu du dommage causé par ces malfaisants pêcheurs à l’explosif, mais les poissons rescapés avaient fui, et dans sa brève prison, Blouba se dépérissait lentement, maigre, à peine nourrie d’eau de mer et de quelques algues. Il lui restait une lueur du soleil, estompée par l’éboulis, et un trou trop juste pour en sortir sa tête.

 Ho était chinois et plongeur au restaurant en bord de mer. Il lavait les assiettes sales des riches touristes et filait plonger dans la mer sitôt libéré de son travail. Il était vif et adroit pour son métier alimentaire et très bien entraîné pour son loisir favori.

Afin d’observer la faune et la flore, il fouillait tous les creux et les galeries sous-marines

 Il découvrit ainsi Blouba, maigre et au bord de l’épuisement. Bouleversé, Ho comprit son état de Sirène et de prisonnière. Il ne savait comment communiquer, aussi il ôta son masque et son tuba et, en apnée, lui sourit tendrement. Approchant son visage du trou, elle répondit à son sourire avec un air si triste que Ho ressentit toute sa détresse.

 Il y avait des travaux sur la digue, des outils, un treuil muni d’un long filin… Il agit intelligemment, calmement, efficacement et réussit à accrocher le filin après une barre de fer enfouie sous l’effondrement.

Restait à protéger la jolie créature en danger, lui faire comprendre la manœuvre.

Il se fit mime pour expliquer son projet, et elle mit en ébullition son cerveau sensitif pour déchiffrer le message intense. Elle finit par rester tassée dans un creux de sa cellule et ne bougea plus. Il retourna sur la digue mettre en route le treuil, sentit le filin se tendre à rompre, puis enfin mollir. Anxieux, il arrêta l’engin, et le silence retrouvé s’emplit d’un chant puissant et doux. Tandis que le soleil se levait et dorait les flots, Blouba s’ébattait sous ses yeux tout près de la digue, chantant pour le remercier et montrer son allégresse.

 Ho fut tout de même à l’heure au resto pour la plonge, mais sitôt qu’il put s’échapper, il retrouva Blouba aux alentours de sa prison éventrée

 Elle reprenait peu à peu des forces et initia Ho, qui sut franchir les barrières entre espèces, et qui apprit que les Sirènes ont une peau aussi sensible que celle des dauphines et le même appareil génital, accessible aux mâles humains, pour peu qu’elles le voulussent.

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Oulimots 2021S35 : les héros de la contrainte

Mots contraints : Tempête, bière, maison, aube, messe,  pouce, héros,  sortir, silence

Les oulimots d’Akem Diem :

Après avoir confié son navire à son second, Alan s’était rendu invisible d’un claquement de doigts. Il avait fui sa cabine comme un lâche et s’était caché dans un bar pour noyer son chagrin dans la bière. Pour éviter d’être vu par ses pirates en si mauvais état, le capitaine magicien avait déclenché une tempête, sitôt assis.

Personne n’osait sortir du petit établissement par ce temps. Même la messe n’encourageait pas les plus pieux à braver les éléments. Il fallait dire qu’Alan était triste et avait lâché la bride à ses pouvoirs. 

À l’aube de ses trente ans, Alan ne se sentait plus comme le héros qui sauverait la magie en ce monde. Il allait sûrement échouer. Il ne rentrerait jamais à la maison. L’Europe lui manquait, en ce moment de nostalgie. Un éclat de lumière éclaira la bague à son pouce et le fit sourire. Le Capitaine aimait bien le silence dans le bar entre les éclairs et le tonnerre. Ses pouvoirs avaient quelque chose de terrifiant qui lui plaisait bien.

Alan sursauta, quand il remarqua son second en face de lui.

« On a jusqu’à l’aube, Capitaine. »

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Les oulimots de Nicolaï Drassof 

Confession: Malgré la tempête, je suis sorti en silence de la maison à l’aube, pour ne pas manquer la messe. J’avais déjeuné sur le pouce et une bonne bière me tentait. J’ai préféré l’estaminet, que voulez-vous, je n’suis pas un héros. 

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Les oulimots d’Elisa Stark :

Une vraie tempête tambourinait dans ma tête. À ce moment-là, Je m’étais dit, plus jamais tu ne  boiras autant de bière. J’étais rentré à la maison, tant bien que mal, à l’aube. Aujourd’hui je devais assister à la grande messe familiale à savoir le repas du dimanche. J’avais du mal à tout faire ce matin, je n’avançais pas d’un pouce alors que l’heure tournait. Je ne serais pas le héros de la fête aujourd’hui, j’espérais pouvoir sortir au moment du café en silence pour m’éclipser et aller terminer ma nuit sur le canapé de mon salon.

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Les oulimots de Bruneline :

Assis dans le calme de la grande maison vide et paisible il essayait de laisser la tempête sous son crâne se calmer. Si l’aube n’avait pas été si jeune il se serait bien servi une bière, ou deux…ou quelque chose de plus fort.

S’il croyait en Dieu il aurait bien été chercher du réconfort à la messe en ce dimanche matin. Mais il n’y avait rien pour le sortir de là, rien pour lui permettre de crier  » pouce! », Il n’avait pour seule possibilité, comme chaque jour, que d’être un héros… ordinaire mais nécessaire. Sur l’écran noir dans une vibration s’affiche  » je pense à toi, je crois en toi, courage » et il sourit libéré pour quelques heures.

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Les oulimots de Caroline :

Toute la nuit la tempête avait sévi sur les hauteurs du Pouce. Mais la maison avait bien résisté. A l’aube, un silence inattendu régnait, presque religieux, comme pour une messe. Avant de sortir constater les dégâts, Ker junior avala une collation sur le pouce, arrosée d’une bière. Il fallait vraiment être un héros pour survivre dans une telle désolation.

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Les oulimots de Dick :

Le voilà qui fait la gueule parce que je suis rentrée à la maison à l’aube. Tempête dans un verre d’eau que tout cela car si je n’étais pas là à faire bouillir la marmite à la sueur de mon nombril, vous croyez qu’il pourrait se tourner les pouces comme il le fait ? 

Et puis il est bien content, après la messe, que j’aille faire triquer Monsieur le curé en confessant toutes mes turpitudes avec les gars du coin. Même que le héros de la dernière c’était pas moins que Monseigneur l’évêque.

Si la nouvelle devait sortir ça ne serait pas de la petite bière je vous le dis. Mais je ne suis pas une balance et mon petit prêtre gardera le silence, j’en suis sûre.

Bref il est parfois chiant mon homme, mais je l’aime. 

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Les oulimots de Gabrielle :

Le tonnerre résonna dans le bâtiment.

La lumière des éclairs éclairait la pièce, le son de la pluie tapant les vitres couvrait tout autres bruits. Le pub était désert, seules ses pensées lui tenaient compagnie. La tempête s’aggravait, bientôt, même entendre ses pensées lui serait refusé. 

l’Odeur de houblon remplissait la pièce.

Portant à ses lèvres la bière qu’il venait de se servir, il ne put s’empêcher de repenser aux derniers jours, et comment si peu de temps avaient suffi à changer le monde. Il y a encore une semaine, cet endroit aurait été noir de monde et les télé branchées sur le match de foot hebdomadaire… Un PUB Anglais classique du centre de Londres.

Le vent et la pluie s’engouffraient par les interstices des fenêtres et des portes.

Depuis, il avait élu domicile dans ce PUB, mais la situation n’allant pas en s’arrangeant, il le savait, il lui faudrait abandonner une nouvelle fois sa “maison”. Cependant, s’aventurer dehors la nuit, et ce, malgré la pleine lune, pointant çà et là sa tête entre les nuages, restait trop dangereux. Serrant bien fort la crosse du fusil qu’il avait trouvé sous le comptoir, remerciant les Dieux, s’il y en avait vraiment, que celui-ci soit toujours là.

l’Aube tardait à arriver.

Dans le lointain, trois sons de cloches se firent entendre. Faisant penser que l’église du quartier était encore occupée. Mais il ne s’y trompait pas, les cloches étant automatisées depuis plus d’un an. Dans quelques heures, elles se réveilleraient une nouvelle fois, pour l’annonce d’une messe fantôme, qui devrait attirer l’attention et lui laisser la voie dégagée. à la recherche d’un nouveau point de chute.

Les bips réguliers du juke-box rythmaient le moment.

Retournant derrière le comptoir, il remplit une nouvelle fois son verre. Peut-être, se dit-il, vidant son verre, sa prochaine étape serait en direction d’une supérette… sûrement elles n’avaient pas déjà été toutes pillées, et trouver de quoi manger, même sur le pouce, serait d’une grande aide.

Une accalmie prit place, le bruit de la pluie s’estompa petit à petit.

Dans son “ancienne” vie, il n’avait jamais été traité de couard, mais il était loin d’être casse-cou, et à y penser, ce n’était pas deux pintes de bière, pas franchement bonnes au demeurant, qui le transformeraient en héros. Mais cela l’aiderait à affronter les dangers de la rue. Suivant son instinct, il se leva, son verre vide désormais abandonné sur la table. Fouillant la réserve de vinyle du PUB, il trouva un titre d’un de ses groupes favori, et entreprit de le sortir. et le chargea dans le juke-box. 

Soudain, le calme se fit pressant.

Il prit avantage conscience de ces derniers instant de silence. Il vérifia son fusil et que le juke-box était bien programmé pour s’allumer après son départ. Après un temps qui, bien que long, n’arrivait que trop vite, la rue était enfin vide de ses nouveaux occupants au teint verdâtre et l’œil vitreux.

Il ouvrit la porte, l’heure n’était plus à l’hésitation. Le fusil dressé, il fit les premiers pas qui le conduirait, si la chance l’accompagnait encore, hors de la ville.

Regardant derrière lui le pub qui l’avait recueilli pendant ces quelques jours, soufflant ses premiers mots depuis la apocalypse : 

“Putain de zombies…”

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Les oulimots de Laurence David :

Brainstorming à l’évêché

— Je vous rappelle l’objet de cette réunion qui se déroule, en même temps, dans tous les diocèses de France : trouvez le moyen de faire revenir les jeunes dans la maison du Seigneur et vous serez les héros de notre sainte Église. Je vous écoute.

— Moderniser les aubes ? dit l’un.

— Remplacer le vin de messe par de la bière ? lance un autre.

— Remplacer les hosties par de la bière ! rebondit un troisième participant.

— Silence ! s’énerve alors Mgr Myriel, on vous demande un coup de pouce pour la jeunesse, pas de sortir n’importe quelle ineptie pour déclencher une tempête dans nos paroisses !

Brainstormer, oui mes frères, mais dans un certain cadre…

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Les oulimots d’Izia Frank 

Durant la nuit, une tempête de muscles chauds et noueux avait balayé sa peau, vrillé ses entrailles. Quand enfin enfla l’aube au-dessus de l’océan, le soleil inonda la maison de ses tièdes rayons. Tout était silence. Mona ouvrit les yeux, pour les refermer aussitôt ; aveuglée par la luminosité déversée par les vastes baies vitrées. Allongée sur le ventre, jambes largement écartées, elle voulut se redresser. Menottée dans le dos, Mona roula, bascula au bord du lit, se dressa sur ses jambes. Alors elle se souvint. De tout. Ou presque. De la grand-messe carnassière dont elle était la prêtresse, de l’abondante bière moussue, de ce pouce tatoué hardiment enfoncé dans sa bouche. Mona médita durant plusieurs minutes, devisant sur le sort de ces héros d’un soir qu’elle ne reverrait jamais. 

Une voix masculine tira la svelte blonde de sa méditation et au sortir de son rêve lubrique, un vilain tressaillement secoua la sud-africaine. L’homme noir et barbu demanda à Mona si tout allait bien. L’audience allait bientôt débuter.

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Les oulimots de Marie Bulsa :

Nous étions à l’aube d’une nouvelle ère et personne ne s’en était rendu compte. Pas de signe avant-coureur. 

Nous étions prêts pour notre sortie habituelle du samedi. Ma femme faisait un tour dans l’église du village pour y allumer un cierge pour notre enfant disparu depuis 2 ans. Le curé préparait la messe du dimanche. Et moi, je buvais une bière au bar en face en attendant qu’elle revienne. Nous avions l’habitude de manger quelque chose sur le pouce avant de nous promener sur le marché artisanal et de rentrer à la maison. Elle traversa la rue pour me rejoindre.

La rue était calme. Seul le chant des oiseaux était présent. Tout à coup, le vent s’est arrêté et le chant des oiseaux aussi, laissant place à un silence total. Les gens observaient le ciel. De gros nuages jaunes s’amoncelaient et le vent se mit à nouveau à souffler, plus fort. Tous les stands se mirent à voler dans tous les sens. Les gens paniquaient.  C’est lorsque la pluie commença à tomber que les cris des gens commençaient à se faire entendre. Leur peau fumait sous l’acidité de l’eau. La radio nous informait que la tempête était présente sur toute la planète. Il nous fallait sortir d’ici et partir nous réfugier dans l’église. Je protégeais ma femme d’une malheureuse veste, je l’enveloppais de mon corps et nous courûmes jusque dans l’église. Je brûlais et retenais mes cris de douleur. Le curé me prêta une cape et je retournais chercher des enfants qui pleuraient sous un arbre, puis un vieillard en fauteuil qui se trouvait au bar. Je ne sais pas pourquoi j’ai joué les héros. Je m’écroulais, inconscient sous le porche de l’église, blessé, mais fier d’avoir sauvé quelques vies.

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Les oulimots de Sol Rivas 

Dans la maison du Seigneur, le père Anselme, héros du quotidien, goûtait le silence, le calme avant la tempête. Bientôt les communiants à l’aube immaculée, dont certains suçaient encore leur pouce, envahiraient l’église au sortir de leur ultime leçon de catéchisme. « Enfin, toujours mieux qu’une messe de mise en bière » pensa-t-il.

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Les oulimots d’Alexa D :

Le jeu des sept familles

Dans la famille Priest je demande la grand-mère : pour la trouver je vous conseille d’aller devant l’église un dimanche à midi, à la sortie de la messe. Le sourire aux lèvres et le teint frais, le pas léger des péchés expiés, elle regagne sa maison à pied pour le déjeuner familial.

Dans la famille Hunt je demande le grand-père : A l’aube il est déjà en campagne muni de son fusil. Ce n’est que quelques heures plus tard, cadavres de gibier dans le coffre, qu’il s’arrête au bar du village s’arroser le gosier d’une bière.

Dans la famille Burnham je demande le père : Rituel du lundi au vendredi, sortir sa voiture familiale du garage à sept heures trente. Il laisse dans le rétroviseur l’image évanescente de sa famille parfaite, nichée dans une banlieue tranquille, pour aller travailler. Une fois par mois, le samedi, il s’allonge dans le canapé de son psychiatre pour lui confier désirs cachés et frustrations.

Dans la famille Vanderpump je demande la mère : Vous la croiserez souvent au magasin bio ; tous les deux jours plus précisément. Les fruits et les légumes disposés dans les corbeilles qui ornent le plan de travail de sa cuisine sont toujours d’une première fraicheur. Elle aime cuisiner l’après-midi dans le silence en buvant un verre de Chardonnay.

Dans la famille Jones je demande le fils : En pleine tempête hormonale, l’adolescent boutonneux mange tous les midis à la cantine du lycée. Avec ses meilleurs amis ils discutent stratégie pour le match de football qu’ils joueront samedi. Les filles seront-elles au rendez-vous dans les tribunes ?

Dans la famille Desmond je demande la fille : La boule au ventre, elle était ce matin dans la salle d’attente de l’orthodontiste. Elle savait qu’elle y aurait encore droit : « tu n’as plus l’âge de sucer ton pouce, cela déforme tes dents mais aussi la mâchoire ».  Elle soupire les yeux dans le vague, rêvant à un super héros qui lui donnerait le pouvoir d’accélérer le temps et se voir en jeune femme à la dentition parfaite. 

Dans ma famille, je demande celle que je ne suis pas encore. Chaque jour qui passe j’aspire à une version améliorée de moi-même : plus de patience, plus d’empathie, moins de rancœur, plus d’énergie, de la bonne énergie, celle qui guide vers la spiritualité. On dit bien que l’humain est composé d’un esprit, d’une âme, et d’un corps. J’œuvre à l’alignement de ces trois dimensions.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Tempête dans un verre de bière sans faux col dont se pousse le héros qui vient dès l’aube de sortir de sa maison pour assister à la première messe, noire ou pas ?

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Les oulimots d’Annie L :

Tout s’était déroulé très vite… la mise en bière, la fermeture du cercueil, la levée du corps. Maintenant, il était temps pour Marie de sortir de son silence, au risque de déclencher une tempête. 

« Luc nous a quittés. Vous m’en voyez ravie. C’était un mari violent qui, dès l’aube, me battait, me torturait. Regardez mes cicatrices, mes ecchymoses ! Hier, il s’en est pris à notre enfant. Il voulait lui couper le pouce car il le mettait souvent à la bouche ! Le petit a sauté par la fenêtre du premier étage de la maison. Luc l’a poursuivi. Il s’est écrasé par terre en se fracassant  le crâne.

Luc était un monstre. Il n’est pas mort en héros ! Il voulait le tuer. Il voulait nous tuer ! » 

Applaudissements de l’assemblée. Fin de la cérémonie.