2k20S53 : une contrainte en secret

© Maxppp – Vincent Peirera

Mots contraints : Pluie, caillou, anémone, malade, question, secret, silence.

Les oulimots de P_apanoel :

Le silence s’installe dans la pièce. Les particules de poussière soulevées par l’animation qui vient de se calmer dans la chambre tombent lentement avec des éclats d’or dans la lumière du soleil d’hiver, presque synchrones avec les flocons derrière la vitre,

L’infirmière a quitté la pièce après lui avoir délivré les soins habituels. Le malade est sur le lit, son caillou toujours au centre de ses pensées.

Les questions sont toujours les mêmes, et les réponses ne changent pas, en dépit du traitement qu’il reçoit, et ce séjour commence à lui peser.

Oui, la douleur est toujours présente et son intensité n’a pas franchement diminué.

Non, il n’a pas observé de fragments solides dans la pluie qu’il a observée avec attention et une appréhension sourde au-dessus de la faïence blanche de la cuvette.

Il a toujours été à l’écoute de ces quelques dizaines de centimètres carrés de sa peau, cette centaine de grammes de tissus innervés, et leur représentation disproportionnée dans le cerveau.

Cet ensemble qui forme une étrange loupe sensorielle et existentielle dans le parcours d’un être humain de sexe masculin, mais là, il voudrait juste que cette petite opération vicieuse du destin le laisse un peu tranquille, l’oublie discrètement, disparaisse dans un processus magique de disparition indolore, pour qu’il puisse penser à autre chose,

Si son sexe pouvait redevenir cet accessoire ludique et un peu turbulent, gourmand de découvertes, de parcours en endurance et en résistance, athlète du quotidien ou promeneur sur les rochers, curieux de découvrir sur son passage les anémones les plus délicates dans la douceur marine qui rythme les journées de vacances, ça serait bien,

Entre Popaul et lui, le cours de la vie pourrait reprendre, Et cette période pénible qu’il vivent resterait leur petit secret,

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Les oulimots de Fran :

« Ça va aller de pire en pire, il n’y a plus d’eau, les sols crèvent, on va sûrement avoir des épidémies, des famines, une guerre nucléaire… » 

Je pense à cette phrase d’Anémone alors que je passe en silence devant la porte du Secret, fermée depuis des semaines à cause d’un énième rebondissement de la crise sanitaire. Et je me pose la question : quand pourrons-nous nous voir librement, nous aimer sans entraves et jouir de la vie ?

Je reste là, un moment, à regarder l’enseigne éteinte tandis que la pluie me tombe sur le caillou. Et puis je rentre chez moi. Je suis déjà déprimé, il ne manquerait plus que je tombe malade.

Le blog de Fran

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Les oulimots de Starkette :

Au fond de l’océan, c’était le monde du silence, un lieu secret où se mêlaient coraux et autres cailloux. Les poissons virevoltaient dans cet univers unique d’où la pluie à la surface de l’eau n’apparaissait que comme des points d’interrogation à des questions que ne posaient pas les habitants de la grande bleue. La seule préoccupation des poissons clowns était de ne pas tomber malades en se frottant de trop près aux anémones qui, malgré leurs couleurs chatoyantes, pouvaient se montrer véritablement venimeuses et toxiques.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Ecrire sous la pluie

Cette idée est de lui

Dure comme un caillou

Et digne d’un voyou.

Qui offre une anémone

A la belle démone.

Mais me voilà malade

Devant cette salade,

Me posant la question

Rentrer dans mon bastion

Et baiser en secret

Tout en restant discret

Mais non pas en silence

Mais avec virulence !

Le blog d’un Joueur Parisien

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Les oulimots d’Alexandre :

Autour du lit de la vieille femme malade, le temps semblait suspendu. Elle allait mourir, elle le savait, elle allait disparaitre seule en silence, sans se plaindre comme toujours.
Seule la pluie qui cinglait aux carreaux avec fracas, comme si des cailloux étaient lancés sur la vitre, lui rappelait l’existence d’une vie antérieure quand elle accueillait ses enfants. Aujourd’hui, ils étaient partis, dispersés aux quatre coins du pays. Quand ils l’appelaient, à la question « comment vas-tu ? », elle répondait invariablement « Bien, je vais bien », gardant pour elle son secret.
Elle n’avait pas pour habitude de s’épancher sur ses malheurs, encore moins d’importuner son entourage.
Quand elle avait appris qu’elle était atteinte d’un cancer des os, elle avait fait mine d’ignorer ce crabe rongeur et pour mieux l’apprivoiser elle imagina une anémone qui grandissait en elle.
Elle allait mourir, elle le savait. Ainsi était la vie.

2k20S52 : une contrainte en exergue

« Volutes » par Samia Boukaoula

Mots contraints : Pétale, Astrolabe, Tentacule, Orgue, Exergue, Après-midi, Cerné, Gens, Volute

Les oulimots de Bruneline :

Comme toujours elle attend à Terre, elle a toujours été cette fleur des champs avec ses jupons colorés comme des pétales. Le soleil doucement réchauffe l’après-midi, l’orgue de l’église la rappelle à la vie d’en bas, au village. Elle redescend à petits pas des alpages, sans hâte, peu pressée de se retrouver cernée par les gens.

Devant elle, prenant tout l’espace, remplissant l’horizon, l’amie, la confidente autant que la rivale, la Mer. Des bateaux qui, doucement, ondulent dans la houle montent quelques volutes, de fumée, de musique aussi.

Bientôt guidés par leurs astrolabes ils repartiront, arrachant leurs équipages consentants et pressés d’aventure à leurs femmes qui parfois subissent. 

Pas elle. Elle , elle prépare son retour, une surprise au creux des reins s’étend sur sa peau blanche. Elle veut mettre en exergue sa complète acceptation de ce qui constitue une grande partie de sa vie, montrer qu’elle la comprend, qu’elle la fait sienne, qu’elle l’encre…jusque dans sa chair. Elle sourit, elle a hâte que ses doigts suivent un à un le dessin soyeux des tentacules qui dorénavant l’habillent, la possèdent, la serrent quand il n’est pas là. Elle attend sans précipitation, anticipant le plaisir de sa découverte pendant que nue ,en cette première nuit de redécouverte, elle lui lira de sa voix la plus inspirée les contes de Terremer qui attendent sur la table de nuit…en attendant que le désir les terrasse, mêlant peau de Terre et peau de Mer.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Serait-ce un cadeau de Noël ces contraintes jonchées de pétales de roses ? Jugez-en, proposer à un natif d’Albi comme contrainte l’Astrolabe, même sans la Boussole, même si leurs restes aujourd’hui sont plus souvent visités par tentacule de poulpe que par main humaine. Je ne ferai donc, pour fêter cela sonner trompettes, résonner musettes, et jouer l’orgue. Peut-être donc mettrais-je en exergue, cet après-midi, l’image de ce grand navigateur, peut-être déjà cerné, avec ses gens, par les dangers aux alentours de l’archipel des Îles Santa Cruz, et ornerais-je mon texte de quelque volute.

Le blog d’un Joueur Parisien

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Les oulimots de Starkette :

Le navire voguait par une après-midi calme. Le capitaine se servait de l’astrolabe pour se repérer dans l’océan qui le cernait. Il portait une médaille autour du cou qui comportait un exergue sur la bravoure. Il avait voyagé sur bien des mers et maintenant il dirigeait un bateau de croisière. Alors que le navire longeait la côte, les gens sur le bateau regardaient une pieuvre gigantesque dont les tentacules, telle des pétales, s’enroulaient en volute sur l’ancre relevée à la proue du bateau. Les tentacules vacillaient au rythme de la musique qui venait de l’orgue sur lequel jouait le capitaine quand son second tenait la barre. 

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Les oulimots de Fran :

L’Astrolabe et la Boussole avaient connu un sort funeste lors de leur voyage autour du monde. J’espérais ne pas faire de même alors que j’explorais sa fleur, préalablement humidifiée pétale par pétale par ma langue, de mes doigts démultipliés comme autant de tentacules

Les gémissements qu’elle poussa ensuite mirent en exergue la réussite de mon projet. Ce n’étaient certes pas les grandes orgues mais lorsque, repue, elle me regarda, les yeux cernés, à travers les volutes de fumée de sa cigarette, je sus que nous n’avions pas perdu notre après-midi

Mais ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’elle ait voulu passer Ancora E Sempre en fond sonore de nos ébats. Exhumer Gens pour l’occasion me semble toujours toujours obscur. À moins que ce ne fût une supplique cachée. Pour que je ne l’abandonne qu’une fois extraites les dernières larmes de son plaisir.

Le blog de Fran

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Les oulimots de Gérald :

Je m’étais rendu dans cette ville où, d’après un ami, je serais en mesure de trouver cette chose rare, un astrolabe. Ayant trouvé mon bonheur, je me promenais, croisant des gens de toutes nationalités. J’avais toute une après-midi à perdre en attendant mon train.

Je fus soudain attiré par une église en ruine. Même si il était interdit d’y rentrer, ma curiosité fut la plus forte. Il y avait quelque chose d’irréel, de mystique. Le chœur était cerné d’herbes folles, les lierres avaient commencé à envahir l’intérieur, entourant les piliers comme les tentacules d’une pieuvre. A l’entrée, le bénitier était décoré de volutes. Une personne, sans doute nostalgique, avait déposé des pétales de roses sur l’autel. Sur ma gauche, l’endroit où devait se trouver un orgue. Il était judicieusement choisi, et devait mettre en exergue  la qualité du son.

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Les oulimots d’Alexandre :

Il gardait précieusement dans un coffret en bois d’acajou, des pétales de rose, souvenir des fleurs qu’ils avaient coupées ensemble dans le jardin.
Jamais il n’oublierait cet après-midi alors qu’elle lui souriait, ses cheveux éclairés par le soleil. Ils avaient plaisanté sur le maniement du sécateur, elle s’approchait de lui, le menaçant de lui couper sa tentacule, en ponctuant les syllabes pour mieux faire ressortir le caractère obscène de ce terme. Il éclata de rire, faisant mine de s’enfuir comme cerné par une bande de harpies. Puis il l’embrassa et s’empara du sécateur pour lui offrir des roses blanches.
Ce jour là il sut qu’elle deviendrait sa femme et il rêvait déjà à une cérémonie de mariage digne des cours royales quand le cortège s’avance au son de l’orgue dans l’allée centrale de la cathédrale embaumée par les volutes d’encens.
Le soir il lui offrit ce qui avait de plus précieux, un astrolabe du XVI° siècle qu’il tenait de son grand-père, une façon de lui dire qu’elle serait toujours son soleil.
Mais la vie n’est jamais comme on l’imagine. Le cancer lui faucha l’amour de sa vie, la seule cérémonie qu’il organisa fut son enterrement. Devant les gens de sa famille rassemblés pour un dernier hommage, il prit la parole et cita en exergue de ses propos ces vers de François Malherbe :
« Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin. »

2K20S51 : une contrainte en béton

Mots contraints : Ciment, granulat, bétonnière, prestidigitateur, pachyderme, exsudat, macrophage, estrade, humeur. 

Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Si ment cet homme gras, nu, là et qu’il ne vende pour du ciment des granulats, et que le béton hier n’ait été livré par ses bétonnières, qu’importe, je ne suis prestidigitateur, ni preste agitateur trop lourd pour cela tel un pachyderme qui défèque certes mais non pas chie d’hermétiques théories. Pour caser habilement l’exsudat, je fais appel à une ancienne relation, et mon ex sue davantage sans succès. Je décide donc de tenter d’automatiser certaines tâches en donnant pour les identifier mieux des noms de note de musique à ces mini-programmes. Cela a réussi car grâce à la macro fa je réussis à placer macrophage dans mon texte. Après une telle réussite, je ne doute pas d’être appelé à monter sur l’estrade très bientôt pour recevoir un prix, récompense extra de toute beauté ! Sans cela mon humeur pourrait devenir exécrable, et mon envie d’écrire après avoir décru, meurt !

Le blog d’un Joueur Parisien

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Les oulimots de Patrice Saucier :

Le couple est le ciment de la régularité, le granulat des chemins de l’ordinaire, de l’oubli de la pinte de lait sur le comptoir, de l’amour fait en fuite pour s’assurer que la journée au travail sera belle, ensoleillée et productive avec le sourire. C’est l’exsudat qui neutralise les frustrations et cicatrise notre entrain. Alors pourquoi je me cherche alors une bétonnière en cachette, une sorte de manuel qui nous cimentera elle et moi autrement ? Cette quête me met plutôt de bonne humeur, comme si sauver son couple devenait un acte aussi héroïque que Superman qui débarrasse la Terre d’un ennemi gênant et d’un kilo de kryptonite. Rien pour ravir les Ultras de l’amour dans leur estrade, mais voilà, en somme, pourquoi je suis passé te parler de moi. J’y parviens presque. Je serai le prestidigitateur de sa vie flasque grâce à mes doigts que je saurai mettre à la bonne place, là où parfois, la vie sort… Nous serons les macrophages que la monotonie, tôt ou tard, consultera, ; alors il sera bien trop tard pour nous redéfinir. Tu ne comprends pas trop mes métaphores, alors je te laisse en t’embrassant simplement sur les deux joues, sans te tenir. Je boude comme un pachyderme privé de salade au zoo. Je m’achète un roman de gare érotique et je cherche dans ces chapitres sulfureux, la solution magique pour te rendre reine de mes nuits.

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Les oulimots de Starkette :

Le chef de chantier était de bonne humeur. Tel un prestidigitateur, son ouvrier à la tête de la bétonnière toupie, qui ressemblait à un pachyderme avec son tuyau, avait avancé dans la construction de l’estrade pour la future salle de spectacle. Le granulat avait été recouvert. Il avait fallu s’y reprendre à plusieurs fois car un exsudat avait compromis la solidité du béton. Le chantier avait été stoppé afin de pouvoir analyser cette matière qui était organique et séreuse. Des cellules macrophages avaient été retrouvées avec du sang. Quelqu’un avait été tué à cet endroit là et son corps avait été coulé dans le béton frais. Des fouilles avaient été faites et un pauvre malheureux avait été enseveli. Le chantier avait pris du retard mais tout était maintenant rentré dans l’ordre. 

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Les oulimots de Fran : 

Le dialogue est le ciment du couple paraît-il. Son absence avait réduit notre relation à l’état de granulats. Le macrophage de l’ennui avait fini par tout phagocyter. 

J’étais donc d’humeur plutôt sceptique quand, pour essayer de recoller les morceaux elle m’avait proposé de l’accompagner au spectacle de ce prestidigitateur. Elle voulait que cela nous aide à retrouver de la magie entre nous. .

J’y étais allé à reculons. Il pouvait faire entrer un pachyderme dans une bétonnière si ça lui chantait, ce n’était pas cela qui allait me dérider.

Et pourtant. 

Quand il l’a invitée à monter sur l’estrade j’ai souri. Avec un peu de chance il allait la faire disparaître définitivement. Au point que l’on ne retrouverait d’elle qu’un léger exsudat.

Le blog de Fran

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Les oulimots d’Alexandre :

Approchez Messieurs Mesdames, approchez, venez voir le spectacle le plus grandiose, le plus formidable composé d’attractions uniques que le monde entier nous envie !

Venez admirer Théodore le seul pachyderme au monde à savoir faire fonctionner une bétonnière. Oui Madame j’ai bien dit… un éléphant chef de chantier qui vous remettra un gobelet rempli de ciment.

Monsieur, oui vous, monsieur, n’hésitez pas, venez, montez sur l’estrade. Voici Monsieur Mysterioso,un prestidigitateur salué sur les cinq continents. Regardez bien : il tient  dans ses mains une fleur en tissu fixée dans un pot rempli de granulats qui ont été collés ensemble.

Prenez-la, montrez la au public, je vous invite à retourner le pot et même à le secouer.Tout le monde ici peut constater que la fleur ne bouge pas. N’est-ce pas Madame ? N’est-ce pas Monsieur ? Eh bien Monsieur Mysterioso en recouvrant cette fleur de sa cape magique va la rendre vivante.

Roulements de tambour, un, deux, trois et hop ! Voyez-vous même Monsieur, touchez les pétales, touchez la tige. Attention ça colle : la tige suinte de ce liquide naturel que les savants appellent l’exsudat.

On applaudit très fort Monsieur Mysterioso qui, ce soir, sous le chapiteau, utilisera son microscope magique et vous présentera les macrophages de l’ours Anatole, des images féeriques que nul enfant n’oubliera.

Alors n »hésitez plus, prenez votre billet pour un spectacle  inoubliable, source  de bonne humeur et de joie  pour les petits comme pour les grands !

2k20S50 : une contrainte bonapartiste

Photo par Shoco sur Flickr

Mots contraints : Napoléon, cœur, chat, tartempion, table, épée, livre, voiture, nuage. 

Les oulimots de Fran : 

Sa bouche relâcha un délicat nuage et, du bout de Son cigare, Elle me fit signe de m’approcher. Je me jetai aussitôt à Ses pieds

— Napoléon pour vous servir Madame !

— Un prénom bien impérial pour quelqu’un voué à me servir. Mais peu importe que tu t’appelles ainsi ou bien Tartempion. En te plaçant sous ma coupe, tu acceptes de perdre tout de ta vie passée. Jusqu’à ton identité. Et si tu ne me plais plus je n’aurai aucun scrupule à te renvoyer dans ton caniveau. Le veux-tu toujours mon chat ?

Elle jouait cartes sur table, on ne pouvait le nier. Mon cœur battit un peu plus fort. L’épée de Damoclès d’une disgrâce qui m’éloignerait d’Elle serait un puissant moteur pour que je m’améliore à Ses côtés.

— Je me livre entièrement  à Vous Madame.

— Alors suis-moi jusqu’à ma voiture. Je te ramène chez moi. Tu voyageras dans le coffre bien sûr.

Les choses commençaient fort. J’aimais ça.

Le blog de Fran

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Les oulimots de Patrice Saucier :

Une chanson grivoise joue sans arrêt dans ma tête. Napoléon dans son ballon ou quelque chose du genre. De la poésie populaire que l’on entonne en voiture, lorsque les embouteillages nous serrent le cœur et les nerfs. Bref, rien pour mériter le Panthéon. Je suis à table et je n’ai pas faim. Je me nourris l’esprit avec un bon livre, en attendant que mon estomac se décide à vouloir que j’avale quelque chose. Mon chat, au contraire, mange avec l’appétit d’un Tartempion qui débarque dans le restaurant de mon père et qui s’empiffre de spécialités locales. Dehors un nuage me rappelle la formation du navire de l’amiral Nelson, mais sans les mâts. Bientôt une pluie fine tombera sur la ville. Une pluie qui me forcera à prendre mon parapluie pour aller chercher mon tabac et mon journal. Un parapluie que je prendrai pour une épée pour fendre la tristesse et y débusquer le soleil.

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Les oulimots de Starkette :

Le gros chat Napoléon de son prénom prenait possession des lieux. Sa nouvelle maîtresse avait hésité à l’appeler Tartempion car elle trouvait ça mignon. Après un voyage en voiture du refuge vers sa nouvelle maison, il marchait sur la table. Slalomant entre les objets de décoration, il avait évité de marcher sur l’épée et le livre. Sa maîtresse devait s’absenter mais elle n’avait pas le cœur de le laisser tout seul pour sa première journée chez elle. Elle le vit pourtant occupé à regarder les nuages assis sur le rebord de la fenêtre. 

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Les oulimots de Gérald :

Je roulais sur la route Napoléon, très peu de voitures, de plus le temps était splendide, pas un nuage à l’horizon. J’allais rejoindre mes amis qui ont comme passion les combats d’épées, organisant même des spectacles. Chacun se livre bataille comme au moyen âge. Un peu des chevaliers de la table ronde des temps modernes.

Quand soudain, un chat s’est jeté sous ma voiture. Je suis allé à son secours, pas trop de bobos à première vue.  Il était magnifique, j’ai eu de suite un véritable coup de cœur. J’ai décidé de l’adopter. Il s’appelle Tartempion.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Je n’ai jamais pensé que pour Napoléon

Je rimerai un jour avec caméléon.

Si pour les Oulimots, je mettrai tout mon cœur,

Mes mots n’approcheront l’immense accroche-cœur,

Mais tant j’aime les mots que pour toujours le chat

Restera un félin, gros, gras comme un pacha.

Mes vers, hélas, restent dignes de tartempion,

Et pas plus lumineux qu’un vulgaire lampion.

Je m’escrime pourtant, courbé là sur ma table

Essayant des rimes, transpirant comme un diable.

Ma plume n’est en rien, semblable à une épée,

Et n’est guère affutée, moins qu’un poisson-épée,

Et ce n’est pas ainsi qu’en sortira un livre,

A la moindre tenue, rien qui ne vous enivre,

Tout au plus des pages grattées dans la voiture

Quelque peu bancales, couvertes de ratures.

Rien qui vous envole là-haut sur un nuage,

Et qui rime de plus là avec cocuage.

Le blog d’un Joueur Parisien

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Les oulimots d’Alexandre :

— Pas un nuage dans le ciel, le temps idéal pour profiter de la plage !

— En voiture Simone, nous voici partis, les affaires bouclées en quelques minutes.

— Mince j’ai oublié mon livre sur la table, tu peux faire demi-tour ?

— Ouais, mais tu te dépêches !

— T’en as mis du temps, qu’est-ce que tu faisais donc ?

— Heureusement que j’ai vérifié, le chat n’avait plus d’eau et encore moins de croquettes. Franchement, si je devais compter sur toi, il y a longtemps que cette pauvre bête serait morte.

— Tu me gonfles avec Tartempion. Déjà affubler un chat d’un tel nom, il ne faut pas avoir le sens du ridicule ; Tu aurais pu l’appeler Napoléon vu la façon dont il dicte sa loi dans la maison. En plus je te rappelle que le chat peut sortir dans le jardin et vivre sa vie  en toute indépendance. Il peut très bien se passer de toi.

— Tu as vraiment pas de cœur, souviens-toi quand je l’ai recueilli,  ce chat était en piteux état, aussi  maigre qu’une épée effilée, c’est te dire ! 

— Bon ça y est, tu as fini de jouer ton rôle de Sainte Madone de la SPA ? On peut partir ?

— T’as pensé à ton attestation ?

— Zut , non…je reviens !

2K20S49 : une contrainte bienveillante

Premier secret confié à Venus, œuvre de François Jouffroy, Musée du Louvre, Paris.
Nadia photography_

Mots contraints : Bienveillance, douleur, silence, clapotis, secrets, rêverie, regard, graphique, hilarant

Les oulimots de Laurent Chamoux :

Bienveillance dans ton silence

Secrets cachés et manigances

Les clapotis de ton cerveau

Jetant un regards sur tes oripeaux 

Un graphique montrant la puissance

De ta rêverie quand tu es en transe

Regenerant devient ton bonheur

Quand il vient de la douleur

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Les oulimots de Starkette :

L’infirmière regardait les patients avec bienveillance, surtout quand ils étaient face à la douleur. Malgré le silence de la nuit, dans le service on pouvait entendre en tendant l’oreille le clapotis de la goutte de sérum qui tombait dans la perfusion. La nuit était propice aux secrets confiés par les patients et aux rêveries comme aux cauchemars. Le regard professionnel qu’elle avait lui permettait de lire les graphiques des courbes de température en un coup d’œil. Enfin, la nuit le travail était plus détendu, du fait de l’absence des médecins et souvent les blagues fusaient tout cela pouvait être hilarant. 

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Les oulimots de Fran :

Elle se caresse en silence devant lui. À peine entend-on le clapotis de Ses doigts qui fourragent dans Son sexe. Qu’il ne quitte pas du regard. 

Il tient dans sa main sa queue tendue et se branle, comme si cela pouvait atténuer la douleur qu’il ressent de ne pas pouvoir La toucher. 

Elle ferme les yeux et renverse la tête en arrière. Ce premier orgasme vient comme une douce rêverie ou une bouffée de gaz hilarant. 

Elle est à présent parfaitement détendue et, avec bienveillance, l’invite à la rejoindre. Il y passera toute la nuit. 

Demain il mettra à jour le graphique de ses performances. En espérant que, un jour, son analyse lui permette de percer les secrets de Sa jouissance.

Le blog de Fran

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Les oulimots de P_apanoel :

“Assez de bienveillance !”

L’ordre claqua comme l’extrémité de la lanière de cuir qui franchit le mur du son, déchirant le silence de la pièce sombre, avant de frapper tous les sens de l’auditoire présent dans cette chambre des secrets.

L’ambiance du lieu bascula en un instant.

Jusqu’à présent, la séance était tissée de motifs apaisants, un clapotis de sons liquides induisant une torpeur légère, une rêverie qui rendait flous les itinéraires qu’avaient empruntés chacun des individus présents dans la pièce pour venir assister à la scène.

Brutalement, le regard de chacun s’était focalisé sur la table où se jouait le spectacle programmé.

La composition formée par les participants était idéale.

Le choc graphique armé comme un arc, prêt à impressionner avec une intensité proche de la douleur tous les souvenirs de ceux qui contempleraient cette image à partir de maintenant.

Le jeune docteur se disait que ce monsieur Rembrandt savait certainement ce qu’il faisait, mais il se sentait un peu faible au niveau des genoux au moment de tirer le scalpel tout le long du bras blême.

Et en plus, il lui fallait sourire, ce qui n’avait jamais été très naturel pour un batave.

Il prit donc assez peu discrètement une longue inspiration de gaz hilarant dans le hanap dissimulé derrière la tenture toute proche, ses lèvres se crispèrent en un sourire forcé par l’étirement des maxillaires à leur maximum, et plongea son regard dans celui du peintre et le scalpel dans le bras gauche de leur sujet d’étude.

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Les oulimots d’un Joueur Parisien :

Accordez-moi quelque bienveillance pour cette histoire déjà racontée ici sans contraintes. Il y a déjà quelques années, je travaillais alors dans le quartier des Halles. Un matin, j’étais parti travailler de bonne heure, un rapport urgent, des données à traiter, un graphique à fournir. Il faisait beau, le début de l’été et j’étais sorti du métro et marchais vers le centre Beaubourg, peu de monde, presque le silence, juste un clapotis vers la fontaine. C’est alors que je l’ai aperçue, grande, de l’allure, donnant plutôt l’impression d’une fin de soirée que d’un début de journée, et visiblement légèrement éméchée.

Je la croisai, un regard, tentation matinale. Mais je poursuivis quand même, plongé dans ma rêverie, vers le bureau et aperçus derrière elle un homme qui la suivait. C’est alors que je me dis que décidément il ne la méritait pas, ce serait trop grande douleur de la voir partir avec lui, je fis demi-tour, doublai celui qui la suivait, la rattrapai et l’abordai. Je n’avais pas eu le temps de me demander ce que je pourrais lui dire et lui dis donc simplement qu’elle était trop bien pour se promener seule ainsi et qu’elle allait se faire draguer par n’importe qui.

Sa réponse claqua  » Et vous, vous n’êtes pas n’importe qui ? » Je ne puis lui répondre que « Non, vous n’aviez pas remarqué ? ». Et, comme si cela était hilarant, j’eus le bonheur d’un immense éclat de rire…

La suite, je fus très en retard au bureau, le reste fait partie de mes secrets.

Le blog d’un Joueur Parisien

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Les oulimots d’Alexandre :

Avant cette soirée je n’avais jamais entendu parler du protoxyde d’azote, encore moins de ses effets.
Quand les copains m’ont proposée d’aspirer du gaz hilarant contenu dans un ballon baudruche,
je ne me suis pas méfiée. Au début je me sentais euphorique, toute légère, prête à partager mes
secrets les plus intimes, comme l’envie de coucher avec les deux garçons qui me serraient de près.
A leur regards, je crois qu’ils avaient déjà compris. D’ailleurs leurs sourires n’étaient pas uniquement
teintés de bienveillance. Mais c’est resté pour nous trois à l’état de fantasme car sont vite apparues
les premières douleurs avec des maux de tête lancinants et des crampes abdominales.
Je n’avais qu’une hâte, m’enfermer dans les toilettes.
Quand j’en suis ressortie, les jambes flageolantes, je ne souhaitais qu’une chose, aller m’allonger pour profiter d’un havre de silence et me laisser aller à des rêveries champêtres, comme écouter le chant des oiseaux et le clapotis d’un cours d’eau. Hélas, j’étais loin de pouvoir me reposer,
mon cœur battait la chamade, je me demandais même à quoi pourrait ressembler le graphique
de mon électrocardiogramme si je devais être hospitalisée.
Le seul clapotis que j’entendis ce soir-là fut les derniers jets de la chasse d’eau.
Depuis j’ai appris que le gaz hilarant était utilisé en cuisine dans les siphons à chantilly.
Je crois que désormais je ne rajouterai rien sur ma part de tarte aux pommes.