Oulimots à la Queneau #9

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

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Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots de Faffwah :

Popins avait ouvert les variations avec un lipogramme. Je les clôture avec le même exercice.

La Tatra stoppa. Kaputt. Aucun survivant dans l’amas tordu. Ah si, un gars. Mais pas brillant. Du sang partout sur lui. Il allait mourir dans la toundra mais n’y croyait pourtant pas, lavant son tibia qui saillait du pantalon. Sans savoir qu’un vilain inconnu voyait tout ça, tapi à l’abri d’un buisson, sans compassion. La cata.

Le blog de Faffwah

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Les oulimots de Popins :

Vive les vacances !

Pare choc contre pare choc, les voitures chargées à bloc avancent péniblement sur l’autoroute du soleil, le coffre empli de bikini, de boules de pétanques et autre parasol. Juilletistes et Aoûtiens sont désormais à  l’arrêt sur le bitume fumant, dégoulinants de sueur, presque à l’agonie, victimes de la canicule.
L’idée d’un rosé frais ou d’un Ricard glaçonné à l’arrivée les aide à ne pas devenir dingues et leur évite de succomber à leur pulsion meurtrière, élimination d’un potentiel voisin de serviette de plage. Des fenêtres grandes ouvertes des véhicules on entend les cris des enfants, les hurlements des parents, les aboiements des chiens.
Là une portière s’ouvre, un enfant ne tient plus. Son père l’accompagne vers le bas côté. Les jambes flageolantes s’écartent, le jet doré s’élève tel un papillon qui prend son envol, et enfin le petit garçon peut vidanger sa vessie. 
Ici un moteur chauffe et le capot doit être ouvert pour constater le décès du système de refroidissement.
Les esprits s’échauffent, les sourires s’effacent, youpi ! C’est enfin les vacances.
Les estivants revivront les mêmes moments de bonheur lors de leur trajet retour. 
Ils regagneront leur pénates en pensant déjà aux embouteillages de leurs prochaines vacances. Cet hiver, ils se saigneront à blanc pour s’offrir la neige et le soleil.
Mais ce n’est pas pour tout de suite. Maintenant c’est la rentrée. 

Le blog de Popins

Oulimots à la Queneau #8

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

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Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots de Faffwah :

Race Over

Alors que la victoire lui était promise, le pilote de la Shelby avait vu ses ambitions se volatiliser dans l’explosion de son moteur et s’était immobilisé dans le bac à sable. Chienne de vie, ce nouvel abandon lui fermait définitivement les portes d’un sacre pourtant annoncé en début de saison. Il était resté un moment prostré au volant tandis que des volutes de fumée envahissaient l’habitacle mais les commissaires de course, arrivés sur le champ, l’avaient extrait à temps et il s’en était tiré avec avec quelques jets de neige carbonique sur son pantalon qui avait commencé à prendre feu.

Le blog de Faffwah

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Les oulimots de Popins :

Compte de faits

Il était une fois :

Une route, une voiture, un papillon, un chien, un homme, un arrêt, une sortie, un talus.

Deux portières, deux ailes, deux jambes.

Trois aboiements. 

Quatre pas dans la poudre.

Cinq filets de sang qui coulent.

Six roulades.

Sept taches rouges qui carminent la neige.

Une Huitième variation à  la Queneau.

Le blog de Popins

Oulimots à la Queneau #7

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

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Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots d’Aliénor :

Vogue à l’âme

Sklerenn était chanteuse dans un bar du port de Lorient.

Tous les soirs, elle s’étourdissait d’alcool et de cigarettes. Ce n’était guère raisonnable mais elle n’attendait plus grand chose de la vie. Même le sexe ne lui apportait plus rien.

Ce soir là, pour terminer son tour de chant, elle interpréta une chanson qu’elle connaissait par cœur : ‘Piensa en mi’. Son corps bougeait au rythme langoureux de la musique, dans un léger balancement de hanche, faisant ainsi remonter sa jupe moulante pour offrir le haut de sa cuisse aux marins. Ce qui avait pour effet de les faire bander à l’unisson. Les hôtesses du café n’avaient alors qu’à terminer le travail. Mais la seule chose que voulait Sklerenn, c’était rentrer chez elle et retrouver son chien qui l’attendait dans la voiture.

Elle quitta le bar vers 03h15 du matin et se dirigea vers son véhicule. Quand elle ouvrit la portière, J.B. lui fit la fête comme à son habitude. Lui seul pouvait encore la faire sourire. Elle l’observa gambader comme un fou sur le parking et pensa «Lui au moins, il est heureux. Moi, je ne suis plus qu’un fantôme ». Sklerenn siffla J.B. qui accourut vers elle et sauta en jappant à l’arrière de la voiture.

Pendant qu’elle roulait sur le quai, elle balayait du regard tous ces containers qui partiraient bientôt sur des cargos. Soudain elle aperçut comme une forme humaine à même le sol. Elle pila si fort que J.B. s’écrasa contre le siège passager. Puis il monta dessus pour faire rempart à une éventuelle irruption qui aurait pu menacer sa maîtresse. Sklerenn descendit de sa voiture sans aucune crainte et marcha vers cette étrange forme. C’était un marin endormi sur le bitume, la tête posée sur son sac.

Doucement, elle s’agenouilla et lui parla doucement pour le réveiller. Zorg ouvrit lentement les yeux, regarda Sklerenn avec un air effaré et vociféra : « Quoi, qu’est-ce tu me veux ? Fous-moi la paix ! ». Ce qui la fit sourire, elle était habituée à ce type de langage. Zorg déplia sa longue carcasse et toisa Sklerenn de son mètre 90. Pas décontenancée malgré son 1m64, elle le scruta de la tête aux pieds, et pensa – Bel homme et, pour un marin, il n’empeste pas le mauvais whisky -.

— Tu n’as donc pas d’endroit pour dormir beau gosse, il va bientôt pleuvoir, viens au moins te mettre à l’abri dans ma voiture.

— OK Sklerenn essaya de redémarrer la voiture qui avait calé du fait de la violence de son freinage. En vain. Le moteur noyé ne voulait rien savoir.

Il jeta son sac sur son épaule et suivit Sklerenn. Ils marchèrent en silence.

— Je te ramène à l’appartement. Suis moi. Un peu de marche nous fera du bien. Je suis juste de l’autre côté des docks.

Et elle partit sans se soucier de son avis. Zorg la regarda longuement avant de lui emboîter le pas.

—Tu n’as peur de rien toi, tu ne sais même pas qui je suis, je pourrais être un psychopathe.

Il avait eu un sourire triste en disant ça.

Arrivés dans le minuscule appartement, Sklerenn se déshabilla et passa nue devant lui en l’invitant à la rejoindre sous la douche. Zorg la regarda surpris puis à son tour, s’exécuta.

— Tu es bien roulée Baby, mais moi je ne baise que pour l’hygiène, je ne jouis plus depuis longtemps.

— Idem, cela fait belle lurette que j’ai fait une croix sur le plaisir.

Alors ils baisèrent, sans plaisir aucun. Et se couchèrent comme deux enfants en manque de tendresse. À la première lumière du jour, Zorg réveilla Sklerenn.

— ll faut que je parte rejoindre le bord, je suis déjà en retard

Sklerenn le conduisit sans rien dire. Arrivés sur place ils descendirent de la voiture, le quai était vide. Zorg s’appuya contre un container, Sklerenn se colla à lui et plongea son regard dans ses yeux couleur océan. Elle n’y vit que vide, tristesse et lassitude.

—Je t’aime. Parce que tu n’attends rien de moi.

— Idem. Mais toi et moi sommes déjà morts n’est-ce pas ?

D’un simple hochement de tête elle acquiesça. Sklerenn souleva sa jupe. Elle attrapa un petit pistolet caché dans son bas, colla le canon sur la poitrine de Zorg et, dans un sourire, tira. Il s’effondra. Foudroyé. Alors Sklerenn se pencha vers lui, ouvrit sa chemise et nettoya sa blessure avec un mouchoir. Puis, quand il n’eut plus l’air que de dormir, elle s’allongea contre lui et se lova dans ses bras.

Puis elle retourna l’arme contre elle.

Le policier, arrivé sur les lieux, remarqua qu’ils étaient enlacés, le sourire aux lèvres. Puis, il trouva dans le bas de Sklerenn un bout de papier froissé et jauni par le temps, sur lequel était écrit : J’étais fatiguée de vivre.

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Les oulimots de Faffwah :

Bipolarité

Il s’était rendu compte assez rapidement du fait qu’il prenait son traitement de façon plutôt anarchique et qu’il se couchait de plus en plus tard. L’infatigable hamster de ses pensées s’était également mis à tourner de plus en plus vite dans sa roue. Il en avait parfaitement conscience. Mais, loin de s’en alarmer, il s’était trouvé au contraire plutôt à l’aise dans cette suractivité mentale. Il avait même profité de cet état pour multiplier ses contacts. Il se sentait créatif, plus offensif, plus alpha que jamais, quasiment invulnérable.

C’est pendant cette période qu’il avait fait sa connaissance. Contrairement à son habitude il n’avait pas tergiversé longtemps avant de lui proposer un rencard. Et il avait été flatté qu’elle semble aussi pressée que lui qu’ils se voient. Quand ils s’étaient retrouvés ensemble les choses s’étaient bien passées. Il avait été volubile et charmeur, tout en jouant de sa réserve pour la faire avancer à découvert. Et elle s’était volontiers prêtée au jeu. Alors, lorsqu’au milieu de la soirée, il lui avait proposé un baiser, il avait cueilli ses lèvres en signe de sa reddition. Sûr de sa séduction il avait même osé un « chez toi ou chez moi ? » qu’il aurait trouvé déplacé en d’autres circonstances. Elle avait souri en lui disant qu’elle avait un mari qui l’attendait dans son appartement. Et ils étaient allés dans son studio, passer le reste de la soirée. Et, même dans l’amour, il s’était avéré plus directif qu’il n’aurait pu le penser, la disposant comme bon lui semblait pour prendre leur plaisir. Elle avait aimé sa force. Décidément rien ne pouvait l’atteindre.

Et puis, à force d’aller droit dans le mur, il avait fini par le percuter de plein fouet. Il s’était retrouvé, un beau jour, complètement à l’arrêt, privé de toute énergie, comme mort. Il avait eu beau se débattre pour se sortir de ce marasme, il n’avait pu que virevolter vainement en se cognant aux vitres de ses angoisses. Tout ça parce qu’elle ne répondait plus à ses sollicitations. Et la machine qui avait si bien tourné s’était enrayée, le plongeant dans l’abîme sans issue possible. Oh, il en avait bien entrevu une, un bref instant, quand elle lui avait envoyé ce message lui disant qu’ils avaient des choses à se dire. Et puis il avait reçu un appel haineux du mari qui était tombé sur leur conversation. En bon Cerbère, il montrait les crocs pour marquer son territoire. C’était sûrement trop tard. Il n’empêchait que ça allait devenir très compliqué de la voir. Et, alors qu’il ne l’a connaissait qu’à peine, elle s’était mise à lui manquer. Il en était blessé, son cœur saignait. Et il avait beau papillonner pour essayer de panser ses plaies dans les froufrous de nouvelles conquêtes, rien n’y faisait. Au contraire. Car aucune de celles qu’il approchait ne voulait être son infirmière, préférant jouer les premiers rôles que les lots de consolation. Il s’était épuisé dans cette spirale descendante. Et il était maintenant si fatigué, si triste.

C’est alors qu’il avait compris son état. C’étaient son esprit et son corps qui lui disaient qu’il déconnait et qu’ils n’iraient pas plus loin. Ne lui était alors plus resté qu’à se recentrer. Une bonne introspection dont il avait fait ressortir, outre de respecter sa posologie, qu’il se laissait trop vite entraîner. Trop haut. Trop bas. Et que, pour éviter tout ça, il devait apprendre un peu plus la relativité.

Il avait du champ devant lui. Il était bon élève. Il saurait sans doute faire. Jusqu’à la prochaine crise. Il savait hélas qu’il y était condamné.

Le blog de Faffwah

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Les oulimots de Popins :

Blind test

Well, i’m so tired of crying,
But i’m out on the road again.
I’m on the road again.

I am the passenger and I ride and I ride.

Hep taxi suivez ce papillon
Hep taxi suivez ce papillon
Emmenez-moi dans des endroits
Où les histoires commencent par il était une fois.

A howling wind is whistling in the night
My dog is growling in the dark
Something’s pulling me outside.

Oh the weather outside is frightful
But the fire is so delightful
And since we’ve no place to go
Let it snow, let it show, let it snow.

Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
Drôle de saoulographie alors
Si sage… si monotone…

Le blog de Popins

 

Oulimots à la Queneau #6

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

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Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots d’Aliénor :

DENTELLES ROUGE SANGUINES

Dans l’après-midi, je réceptionnais par coursier un bouquet de pivoines blanches et un gros colis.

Sur la petite carte jointe, Giacomo m’indiquait que dans le paquet, j’y trouverai la tenue qu’il souhaitait que je porte et qu’une limousine m’attendrait ce soir en bas de mon immeuble à 20h précises.

La sonnerie de l’interphone m’indiquait que mon chauffeur était en bas.

Dans l’ascenseur qui me menait à lui, je me débattais comme je pouvais avec la tenue que Giacomo avait choisie pour moi. Comme je ne portais que dentelles et porte-jarretelles, le manteau censé me couvrir était tellement ajusté, que j’avais de la peine à me couvrir. À chacun de mes mouvements une partie de mon corps s’offrait à la vue de tout le monde. Descendre les quelques marches qui me séparaient de la limousine fut une épopée. Sans aucun doute que Giacomo s’en amusait d’avance.

Le chauffeur m’ouvrit la portière en esquissant un sourire en coin. Je devais paraître gênée. Je pris place à l’arrière de la limousine où m’attendaient une rose rouge, une coupe de champagne et un téléphone portable posé sur une note sur laquelle était écrit : «  Merci de bien vouloir appuyer sur la touche A du téléphone ! ».

Tandis que la limousine se mettait à rouler, j’exécutai la demande écrite. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre un message de Giacomo. 

-« Quel plaisir pour les yeux de te regarder descendre les marches, très chère. Peut-être que je n’aurais pas dû te fournir de manteau. »

Je levais les yeux au ciel en pensant – nom de Zeus – il était donc là à m’observer.

Après plusieurs kilomètres sur des petites routes à travers la forêt, la limousine pila brusquement. Le chauffeur hurla : 

-« Couchez-vous ! » Ce que je fis.

Je compris que le chauffeur avait enclenché la marche arrière. Des coups de feu résonnèrent et des balles s’écrasèrent sur le pare-brise. J’étais tellement terrifiée qu’aucun son ne sortait de ma gorge. Après un demi-tour, la voiture en pleine vitesse zigzagua dangereusement pour éviter les balles et essayer de semer la voiture à nos trousses. Je vis le chauffeur enfoncer un bouton et sortir une arme à feu. À peine avait-il relevé la tête que déboula de la lisière du bois un énorme animal que nous percutâmes de plein fouet. Nous finîmes encastrés dans un énorme tronc d’arbre.  

Le chauffeur sortit de la voiture et se mit à faire feu. Tout à coup la portière à ma droite s’ouvrit violemment, un homme s’y engouffra et m’agrippa par le bras en hurlant : « Toi tu viens avec moi ma jolie ». 

Je me débattis de toutes mes forces, donnant griffures, morsures et des coups de talon. Dans la bagarre, je réussis à lui prendre son arme et, dans un éclair de folie, fis feu à plusieurs reprises. L’homme s’écroula sur moi dans un souffle. Je me dégageais de ce poids mort, non sans difficulté. Je m’extirpai, chancelante, du véhicule. 

Je me livrais au regard atterré de l’autre assaillant qui gisait au sol à côté du chauffeur mort. Les cheveux collés sur mon front blême et dégoulinant, le visage crispé par l’effort et la peur, mes mains agrippées  au toit de la limousine, je lui faisais face, debout, les jambes, ventre et mains maculés de sang, la poitrine quasi découverte.

J’étais comme possédée par le démon tourmenteur, j’avais, il me semble, tué mon kidnappeur. 

La lune luisait par intermittence et je distinguais le chien-loup que nous avions percuté. Étonnamment, il ne semblait n’avoir aucune blessure. Il me fixait, les babines rouges toutes retroussées en hurlant à la mort, déchirant le silence.

Tandis que j’essayais tant bien que mal de reprendre mes esprits, j’aperçus des phares au loin. Puis un coupé se gara à ma hauteur. Giacomo sortit en trombe de celui-ci pour accourir vers moi. Sans un mot, il me couvrit d’une couverture, me prit dans ses bras et me mena vers l’habitacle. Tremblotante mais rassurée dans ses bras, je l’entendis juste dire : « Appelez les nettoyeurs. Et ramenez- nous au château ». 

À cet instant je dus perdre connaissance, car lorsque je repris conscience, j’étais allongée dans un lit à baldaquin dans un déshabillé de soie blanche.

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Les oulimots de Faffwah :

Son bolide rutilant venait de stopper en plein milieu de la piste et ses lumières s’étaient éteintes. Pas le sien à elle et il la voyait virevolter autour de lui, esquivant avec grâce les autres véhicule. Mais il ne voulait pas en rester là. Hélas, il n’avait plus le moindre jeton en poche et le forain lui avait fait signe de céder sa place et de gagner le bord, côté caisse, au plus vite. Il s’était exécuté à contre cœur.

Que faire en attendant qu’elle finisse son tour ? Un stand de tir venait de se libérer juste à côté. Il pouvait faire un carton vite fait. Et comme il n’était pas maladroit à cet exercice il gagnerait sûrement une bricole à lui offrir. La carabine était parfaitement déréglée comme elles l’étaient toutes dans ce genre d’endroit alors il avait loupé son premier tir. Mais il s’était vite adapté et avait mis dans le mille pour les quatre restants. De sorte qu’il était parti la rejoindre avec un énorme chien dans les bras. Elle avait battu des mains, enchantée, en voyant la peluche et s’était mise à esquisser quelques pas de danse avec ce nouveau compagnon.

Il l’avait regardée faire,subjugué par la fraîcheur qui émanait d’elle. Elle allait entrer à l’Université dans un mois mais elle n’avait pas perdu son âme d’enfant. Il aimait ça et n’avait pas su lui dire non quand, passant devant un marchand de barbe à papa, elle lui en avait demandé une. C’est quand il avait regardé sa bouche plonger dans la douceur neigeuse du sucre filé que de drôles d’idées lui étaient venues. Et puis elle avait levé les yeux. Et son regard était devenu beaucoup moins innocent. Elle n’avait plus rien d’enfantin et ça l’avait troublé un peu plus. Une sorte de tension sensuelle venait de s’établir entre eux.

Elle avait souri à nouveau, presque innocemment, et lui avait proposé de finir la barbe à papa. Ensemble. Chacun de leur côté. De sorte que, fatalement, leurs lèvres avaient fini par se coller. C’était son premier baiser. À lui. Pas à elle visiblement,  à voir comment elle lui avait fourré sa langue dans la bouche. Il avait osé poser une main sur ses seins. Les enfantillages étaient finis. Elle l’avait alors pris par la main pour l’emmener à l’écart de la foule et, dans l’obscurité du champ qui jouxtait la fête foraine avait baissé son pantalon avant de s’asseoir sur son sexe dressé. Elle s’était déflorée en le déniaisant car un peu de sang avait coulé. Elle était allée et venue presque méthodiquement sur lui en poussant de petits cris de douleur et de plaisir mêlés. Il n’avait pas tenu bien longtemps à ce rythme et avait joui assez vite en elle, ses doigts crispés sur ses hanches. Elle s’était alors dégagée de lui avant de s’essuyer avec sa culotte. Elle avait également tamponné avec tendresse la verge qui l’avait faite femme. Avant de le regarder avec une nouvelle assurance.

— On l’a fait. Je voulais que ce soit avec toi la première fois. C’est cool on ne sera pas les puceaux de la fac. Qu’est-ce qu’on va pouvoir s’amuser maintenant.

Avant de déposer un baiser sur son front et de disparaître dans la nuit, le laissant rouge, hagard, échevelé mais heureux. Il savait qu’il venait de la perdre à peine avait-ils fini de s’aimer, que leurs chemins allaient se séparer en suivant les branches de leurs orientations respectives. Mais, ce soir, elle avait laissé une trace indélébile dans sa mémoire.

Sa vie d’adulte avait commencé ce soir. Il allait vivre bien des choses. Mais il se souviendrait jusqu’à son dernier souffle de cet été 1989.

Le blog de Faffwah

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Les oulimots de Popins :

Onirique

Les débuts sont trop confus pour pouvoir les retranscrire…

La voiture avance sur l’herbe de la crête de la montagne verdoyante que je connais bien pour la voir chaque matin.

Je conduis sans connaître ma destination. Ma mère, ma sœur et un de mes fils sont avec moi. Nous nous arrêtons, je ne sais comment, et allons je ne sais où.

Au retour, surprise ! La crête est enneigée, je tente quand même d’avancer. Mais ce que je pensais n’être qu’une petite couche de neige est en fait un véritable puits dans lequel tombe mon véhicule. Nous sommes bloqués, vêtus comme en été, tongs aux pieds.

Je parviens à ouvrir les portières en forçant avec mes jambes et en un clin d’œil nous nous retrouvons dans mon chalet. J’interroge ma mère pour savoir comment nous sommes rentrés, et surtout sains et saufs.

Apparemment nous avons dévalé la montagne à pied, sans jamais se blesser, même pas une égratignure, volant presque comme un papillon, ou en apesanteur à chaque rebond dans la poudreuse. La sensation des raquettes mais sans raquettes. Se roulant parfois dans le manteau blanc, sans jamais avoir froid.

Je trouve cela tellement surprenant, voire impossible que je me sens un peu angoissée, c’est trop bizarre, trop étrange.

Et là je me réveille, moite, dans la chaleur de l’après-midi de la maison Ardéchoise louée pour les vacances.

J’interprète toujours mes rêves. Je cherche à donner un sens aux messages de mon inconscient. J’ai analysé celui-là.

Je garderai pour moi la signification que je lui ai donné.

Je partage juste avec vous ce rêve fou parce que il m’a fait sourire.

Variations à la Queneau jusque dans mes rêves. Oulimots quand tu nous tiens !

Le blog de Popins

 

Oulimots à la Queneau #5

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

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Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots D’Aliénor : 

Le jeu

Dans un grand soupir, probablement le dernier, la limousine qu’il m’avait envoyée stoppa devant une grande grille en fer forgé. Je le pris pour une invitation à descendre et ouvris grand la portière avant de sortir sous le regard impavide du Cerbère local

Alors que je remontais la grande allée menant au domaine, l’orage était monté d’un coup violent et la pluie tombait fort, effaçant les dernières traces de neige sur les plates bandes. Je pensai un instant aux hommes qui avaient entretenu le  jardin durant cet hiver et qui avaient dû y rafraîchir les ampoules causées par une utilisation intense de leurs outils. Et puis, pressant le pas sous l’averse, je m’étais concentrée sur mon rendez vous.

J’avais couvert mon déshabillé sous un grand manteau de cuir noir, mais malgré cela j’étais trempée.

Je frissonnais, mais je ne savais pas si cela venait l’humidité où ce vers quoi je me dirigeais.

Je sonnai à la porte.  « Enfin te voilà »  me dit-il » 

Il était le Maître du jeu, Giacomo le savait à ma façon stupide de pétrir les pans de mon manteau. Son regard moqueur, ne laissait aucun doute quant à ses intentions à mon égard.

Il voulait la soumettre, la dominer.

Il arracha les lacets de mon corsage, dénudant mes seins fermes et ronds.

Et d’un geste rapide m’assit à même la table embrassa avidement ma gorge offerte, glissa sa main entre mes cuisses encore humides de pluie.

J’avais l’impression duveteuse d’être un pantin de chiffon et de plumes, envoûtée par le regard de Giacomo.

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Les oulimots de John Doe : 

Elle a perdu de sa tonicité. Elle ne bouge plus. Peut-être en panne. Je me relève. Je lui soulève un bras. Puis deux. Je suis seul. Appeler ne servira à rien. Je peux la laisser là. Sans une intervention elle ne bougera pas. Je me rhabille et me dirige vers la sortie. La signalétique fonctionne et illumine en douceur le couloir désert. J’entends les râles à travers les portes. Les mêmes phrases entendues avant la panne. L’hôtesse est là et me sourit. Le coulis de fraise a taché son chemisier blanc. Elle pose sa glace et me tend un câble. Je repars dans l’autre sens. 

Mais où diable est la prise de recharge ?

Le blog de John Doe

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Les oulimots de Faffwah :

Le sniper conserva sa position. Ça avait été un beau carton, comme à la fête foraine, et la cible avait fini par s’immobiliser dans le fossé, foutue, le capot moteur criblé d’impacts de balles bien groupés.

Il avait pourtant marqué un temps d’hésitation en la voyant arriver dans ses jumelles. Une Mercedes 300 SL méritait mieux que le sort qu’il allait lui réserver. Esthète dans l’âme malgré sa drôle de profession, il avait le plus profond respect pour ces voitures de légende. Mais ses derniers états d’âme s’étaient vite envolés. Quel que soit ce sur quoi il devait tirer, un boulot était un boulot et il avait fini par vider son chargeur sur le prestigieux coupé en prenant grand soin d’éviter l’habitacle. Il n’avait pris aucun risque. Ses commanditaires tenaient absolument à ce que l’occupant du siège passager soit pris vivant et on ne discutait pas leur consignes. 

Les portières papillon finirent par s’ouvrir et le conducteur sortit d’un bond, un revolver à la main. À travers l’oeilleton de sa lunette le sniper vit que le chien était relevé et l’arme prête à tirer. Encore un qui voulait jouer les héros se dit-il. Il ne voulait prendre aucun risque et, de toute façon, ce n’était pas lui la cible. Alors il engagea un nouveau chargeur et pressa la détente.

Une balle. Une seule. En pleine tête. Le chauffeur voltigea sous l’impact avant de tomber au sol, foudroyé.

Restait maintenant celui pour qui il avait été grassement payé. Il le vit tenter une sortie de l’autre côté en direction d’un champ. Il ne fallait pas le tuer mais personne ne lui avait interdit de l’immobiliser.

Nouvelle détonation. Le genou disloqué, la cible tomba au sol. Le sniper sourit. Il ne manquait jamais sa cible. Une balle pour chacune d’entre elles, c’était sa coquetterie.

Il observait maintenant l’homme essayer d’enrayer l’hémorragie en frottant sa jambe avec de la neige. Il s’était même fait un garrot avec sa ceinture. Le gars ne manquait pas de ressources se dit-il.

Pour ce que ça allait lui servir désormais. Un gros véhicule tout terrain était en train d’arriver. La deuxième équipe, venue le cueillir pour le conduire Dieu sait où. Qu’allait-il lui arriver ? Sans doute pas du joli mais ça ce n’étaient pas ses affaires.

Son job était terminé. Il démonta son fusil et le rangea dans son étui. Puis il disparut dans la forêt

Le blog de Faffwah

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Les oulimots de Popins :

Permutation aléatoire 

Lu vietora s’ast urrâtáa uo bird da lu riota, pirteàras iovartas. On pupellin s’áchuppa. La chean uttand sor la bus cîtá tundes qoa l’himma sa riola duns lu naega, lu jumba an sung.

Le blog de Popins